Carnets sur sol

dimanche 5 juin 2016

Devinette n°557


Pour votre entretien pendant que les putti locaux s'affairent autour de longues notules, une petite devinette.

Si le mp3 n'est pas encore fonctionnel, voyez cette ancienne version de la notule.



Pour celle-ci, essayez d'entrer dans la psychologie de l'organiste, car c'est un format assez inattendu. (Une de mes œuvres chouchoutes de tout le répertoire, pas forcément d'orgue.)

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(Et comme toujours, des bandes inédites à gagner.)

8 roulades

DavidLeMarrec — 8 juin 2016

Indices :

Oui, c'est difficile. Voici ce qui suit l'extrait, et vous aidera à identifier le genre :



C'est une œuvre dont il a souvent été question sur CSS (plusieurs entrées individuelles).

Les deux accords qui alternent à la fin sont aussi présents à un moment-clef d'une (très) célèbre œuvre, de même époque, genre et nationalité.

lu — 11 juin 2016

Bruckner ?

Francois ex Morloch — 12 juin 2016

Tiens ce ne serait pas Liszt d'humeur solennelle? Pauvres Putti, condamnés à défiler en procession sur ce genre de pensum... Une pensée émue pour leur sort.

anaëlle — 12 juin 2016

Hello David ;)
En fouinant sur YT, j'étais tombée sur ce qui me paraît beaucoup ressembler avec ta devinette, l'oeuvre d'un certain Zwart.

DavidLeMarrec — 12 juin 2016

Bonjour !

(et bienvenue à Anaëlle, dont c'est le premier passage !)

Je découvre l'existence de Zwart, donc non. C'est quel genre ?

Je ne crois pas, Lu, que Bruckner ait écrit de choses comparables (en effectif, je veux dire), mais ça pourrait, parmi les petites pièces pour clavier, ou un bout du Te Deum, de Helgoland… Ce n'est pas lui, ni son époque, ni sa nation.

C'est drôle que tu dises ça, François, c'est une œuvre que tu avais aimée et à laquelle tu avais même consacré une entrée sur ton propre carnet.

Ce n'est pas du tout une œuvre pompière, c'est la seule apparition de l'orgue que vous entendez, et l'accélération façon organiste rageur et menaçant, qui perd le contrôle, est délibérée. On est dans un dispositif proche de la musique subjective, en fait.

DavidLeMarrec — 14 juin 2016

Alors, nouveaux indices. C'est en réalité un extrait d'opéra, très joué durant tout le XIXe siècle.

Et il figure dans le site de François : http://nhofszandz.blogspot.fr/ .

Francois — 2 juillet 2016

Je me retrouve bien embarrassé, avec en prime une pression terrible pour reprendre le cours de ce blog. Pour la devinette, j'avoue que je n'aurais jamais trouvé sans l'indice sur le genre. Qui serait capable de mettre un orgue sur scène pendant une représentation d’opéra ?
Maintenant j'aimerais découvrir la Reine de Chypre dont même l’infâme Riccardo W. osa dire du bien.

DavidLeMarrec — 3 juillet 2016

Non, non, aucune pression. Je suis simplement inconsolable de ta traître désertion, à part ça rien à signaler de particulier.

La Reine de Chypre, c'est bien (très bien, même, pour du Halévy), mais ce n'est quand même pas le grand opéra du siècle : de beaux récitatifs surtout, les airs restant assez belcantistes et les chœurs assez secs, en tout cas tel que perçu depuis ma réduction piano (le redoutable Richie a dû écrire ça à l'époque où il composait encore des cabalettes pour Oroveso dans Norma).

Sur scène, non, mais les orgues positifs ont toujours existé, et au XIXe, les orgues de théâtre se sont répandus – il y en a dans Faust de Gounod, La Forza del Destino de Verdi (là aussi un grand solo, au début d'un tableau), Tosca de Puccini… Mais à l'époque de Zampa, ce devait être une nouveauté assez saisissante. (d'autant que contrairement à aujourd'hui, les tuyaux étaient indispensables

C'était donc la fin de l'acte II de Zampa de Ferdinand Hérold (une œuvre-doudou de CSS), un moment saisissant à plusieurs titres :
â–º dramatiquement, c'est l'un des très rares cas (je n'en vois pas spontanément d'autre, à l'opéra) où l'héroïne est réellement mariée contre son gré au méchant (ce qui rend, dans la morale de l'époque, son cas plutôt désespéré). Il faut bien que les morts reviennent à la vie dans des statues de pierre, que l'Etna jette des flammes et que le Ciel précipite le vilain mari dans les Enfers pour la sortir d'affaire, et encore, il n'est pas sûr qu'elle épouse son bien-aimé, on ne nous le dit pas. Stupeur du châtiment, et c'est tout ;
â–º musicalement, le grand ensemble avec chœur vient de se terminer, et l'orgue des épousailles résonne seul, d'abord dans une couleur liturgique assez standard, puis progressivement le rythme s'accélère (c'est écrit ainsi), et se charge de couleurs menaçantes (accentuée par la progressive registration en anches, dans cette version), comme si l'organiste s'emballait, était possédé par quelque démon. Avertissement du Ciel ? Je vois plutôt ça comme une trace de musique subjective : on entend la musique d'église qui se déforme et devient insupportablement malveillante, comme la ressent Camille, conduite à l'autel par ce brigand contre la liberté de son père, le jour même de ses noces.

Un bijou dont il n'existe aucun enregistrement officiel, mais quelques-uns circulent sous le manteau (dont deux bons, Abel et Christie – le second se trouve même sur YouTube). Un pastiche de Don Juan très adroit, dramatiquement l'une des œuvres les plus trépidantes de tout le répertoire, et d'une musique remarquablement aboutie, une sorte de Tosca (ou de Callirhoé) du début du XIXe siècle.

À bientôt chez toi, si j'ai bien suivi !

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