Carnets sur sol

mardi 10 mai 2016

Gisei, das Opfer : Carl ORFF debussyste


… ce qui n'est vraiment pas la pire hypothèse concernant Carl Orff.

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CPO propose du nouveau dans le catalogue de Carl Orff, et au delà, du nouveau dans l'opéra de langue allemande de toute la période : Gisei, court opéra de jeunesse (d'une heure, composé en 1913, à moins de 18 ans !), ne ressemble pas du tout au Orff d'après les Carmina Burana (1937, puis Der Mond, le cycle des Trionfi…), répétant à l'envi les mêmes formules (dont le compositeur était immensément fier, considérant ses trouvailes archaïsantes comme la preuve de son génie précoce). On y entend l'héritage direct de Wagner, certes, mais aussi une veine beaucoup plus étrange, une forme d'extrême-orientalisme passé au prisme de l'inquiétude wagnérienne… et par le biais de  sonorités assez particulières, limpides mais de ton plus sombre que Schreker, une sorte d'impressionnisme debussyste qui serait typiquement germanique.

Dans cette terrible histoire de jeu de rôle funeste, où l'enfant, sous le regard impuissant d'une mère, porte sur son existence même le poids de puissances qui le dépassent de très loin, la musique figure avec beaucoup de naturel (complexe mais fluide) l'atmosphère effrayante du livret. Son fréquent accompagnement par les seules parties graves de l'orchestre évoque assez Friedenstag (en plus décadent et bizarre) ce qui n'est pas un mince compliment.

carl orff gisei das opfer cpo lacombe

Le volume CPO contient, comme d'habitude, le livret bilingue allemand-anglais. (Très utile, car on y rencontre finalement beaucoup de moments purement instrumentaux, avec un grand nombre de didascalies précises, un peu comme dans le premier acte de la Walkyrie – des tirades, et parfois de simples groupes mots, interrompues par des commentaires orchestraux très fréquents.)

La Deutsche Oper, Jacques Lacombe et les chanteurs, en particulier le redoutable Genzo de Ryan McKinny (autorité immédiate et mystérieuse posée sur une voix nette).

Chaudement recommandé, réellement dépaysant.

2 roulades

Diablotin — 29 mai 2016

En ne voyant dans un premier temps que l'illustration, j'ai cru un instant que tu allais disserter sur Okon Fuoko de Madetoja, mais en fait, pas du tout ! J'ai quand même lu la notule en entier, hein !

DavidLeMarrec — 29 mai 2016

Il me semble avoir mentionné Okon Fuoko dans un Carnet d'écoutes, au milieu d'autres choses. C'est bien, mais pas le plus fulgurant dans le catalogue de Madetoja, comparé aux symphonies et aux opéras ! Il semble faire partie des compositeurs chez qui le ballet, au lieu de libérer la verve, contraint un peu l'expression, vers quelque chose de plus lisse que son meilleur ordinaire. Mais ça reste très beau et s'écoute très bien – je me précipiterais voir ça si c'était donné, évidemment.

Honnêtement, Gisei est beaucoup plus marquant, aussi bien pour le traitement semi-orientalisant que dans l'absolu.

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