Carnets sur sol

mercredi 3 juin 2015

L'Épopée du Théâtre des Champs-Élysées

Innocent impétrant aux portes d'Élysée,
Ouvre ton butineur, essaie de t'abonner :
Tu veux avant maint autre une place prisée –
Une infime ristourne va l'effort couronner.

Dans ce temple sacré, la vue libre est bannie,
L'angle est courbe et retors, l'ouïe pour seul plaisir ;
Du connaisseur la place abordable est honnie :
Surveille ton fauteuil, tu le veux bien choisir.

Que vois-tu, sur l'écran ! Des places imposées,
Et sans choix de l'étage qui devra t'échoir :
Vérifier où seront vos deux fesses posées ?
Cher client, par-dessus posez votre mouchoir.

Vous courez au guichet, vite, où deux vraies personnes
Attendent le client en rêvant tout le jour.
« — Puis-je enfin m'abonner ? Non plus ? Tout m'abandonne.
— Monsieur, vous croyiez donc à l'éternel amour ! »


(Pardon pour la petite césure épique – une enjambante aussi, c'est moins grave –, le trajet fut trop court pour peaufiner et Ossian s'impatiente.)

Pour d'autres épopées plus raffinées, voir Thriller et David de Bretagne & Le Siége Périlleux.

Pour résumer : au TCE, si le son est bon et la programation engageante, on voit très mal (moins de la moitié de la scène) depuis un très grand nombre de places (à tarif non négligeable : 35€¬). On se dit donc qu'il y a du sens à s'abonner pour essayer d'obtenir les quelques fauteuils confortables, même si les réductions sont ridicules (il faut commander 16 dates pour obtenir 15% de réduction, d'où il faut d'ailleurs déduire les 7€¬ de frais d'abonnement !). Erreur. Les places attribuées le sont automatiquement (et en dépit du bon sens : on remplit ainsi d'abord les premiers rangs du parterre avant le milieu, ou les fonds de loge de corbeille avant les premiers rangs des étages supérieurs !), sans possibilité de rien changer. Pas de billets électroniques (autrement commodes pour ceux qui ont des horaires flexibles ou qui subissent un empêchement !), sauf à l'unité. On se déplace donc au guichet, où deux personnes sont tout de même présentes de 12h à 19h tous les jours ouvrés, même le samedi… Hé bien, au guichet, on ne fait pas d'abonnements ! Donc : on y voit mal, c'est hors de prix, il n'y a pas de réductions, pas de billets électroniques, pas de choix de places, et on ne peut réserver que sur un logiciel bogué ou par lettre (en vous recommandant de fournir votre numéro de carte pour que ça aille plus vite !). Sérieusement, les gars, à quoi ça sert de faire autant d'effort pour avoir une belle saison ? Vous cherchez vraiment à remplir, ou juste à vendre du rêve avec les titres de la brochure ? Conclusion : je ne serai pas abonné, et ne pouvant pas revendre mes places en cas d'empêchement, ce sera plutôt 5 spectacles que 15. Non pas que ma petite bourse soit essentielle, mais pour un théâtre privé, la désinvolture dans l'accessibilité de l'acte d'achat (un peu le but ultime, quand même !) laisse pantois. D'autant plus bizarre que le TCE est très actif en ligne, avec la politique clients de loin la plus soignée des institutions parisiennes de musique classique… ********** >Innocent impétrant aux portes d'Élysée, %%% >Ouvre ton butineur, essaie de t'abonner : %%% >Tu veux avant maint autre une place prisée – %%% >Une infime ristourne va l'effort couronner. > >Dans ce temple sacré, la vue libre est bannie, %%% >L'angle est courbe et retors, l'ouïe pour seul plaisir ; %%% >Du connaisseur la place abordable est honnie : %%% >Surveille ton fauteuil, tu le veux bien choisir. > >Que vois-je, sur l'écran ! Des places imposées, %%% >Et sans choix de l'étage qui devra vous échoir : %%% >Vérifier où seront vos deux fesses posées ? %%% >Cher client, par-dessus posez votre mouchoir. > >Vous courez au guichet, vite, où deux vraies personnes %%% >Attendent le client en rêvant tout le jour. %%% >« — Puis-je alors m'abonner ? Non plus ? Tout m'abandonne. %%% >— Monsieur, vous croyiez donc à l'éternel amour ! »

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