Carnets sur sol

lundi 8 décembre 2014

La devinette du mois de décembre


Facile cette fois.

Pour le simple plaisir visuel :



… et comme toujours nos lots d'inédits à gagner.

22 décembre : La réponse a paru (voir en commentaires).

9 décembre 2014 ; 00h18m15s

9 roulades

David Le Marrec — 22 décembre 2014

Estimés lecteurs, nous aimerions être persuadé que c'est un effet de votre goût élevé, qui vous défend les bas plaisirs glottophiles du da capo orné… qui explique l'absence de vainqueur pour cette devinette du mois.

Il s'agissait tout de même d'un immense classique de l'opéra seria baroque : « Agitata da due venti » dans La Griselda de Vivaldi, devenu un tube dès son exhumation par Bartoli à la fin des années 90 (avant même l'album Vivaldi qui changea la face de la glottophilie, ça se trouve dans le récital de Vicence en 1998). Il faut dire que l'air est très marquant par son élan général, et bien sûr son figuralisme extraordinaire, censé imiter la tempête.

Pourquoi avoir choisi cette scie (que je croyais démasquée en quelques instants) ? Parce qu'en regardant la partition, le côté graphique est très impressionnant : ces arpèges et ces notes ribattute ne sont pas du tout naturelles pour l'instrument vocal… on dirait vraiment une partition de violon. D'ailleurs, les notes répétées sur une même voyelle sont très rares dans l'histoire de l'opéra (je me suis toujours demandé pourquoi), en dehors de certains ornements à l'époque de Monteverdi. Même dans l'opéra seria du XVIIIe qui exploite toutes les possibilités de l'agilité vocale, c'est une configuration assez peu fréquente.

Pour bien percevoir tout cela, quelqu'un a conduit le travail pour moi et fait coïncider partition et sons :



Cette version Spinosi est très bonne (dans un genre percussif assez à la mode, pas déplaisant d'ailleurs), mais pour ceux qui voudraient découvrir ou réécouter l'opéra dans son entier (un des plus inspirés musicalement de Vivaldi, même s'il n'a pas le panache dramatique de Motezuma, assez imbattaque de toute façon), je recommande chaleureusement celle parue l'an dernier chez Pinchgut Opera Live : les artistes ne sont pas du tout célèbres dans nos contrées, mais tout le monde s'engage avec beaucoup d'ardeur, et les voix, semi-translucides et très expressives, façon Fuge, ne manquent pas de charme.

Pour une fois, je déconseille plutôt la version Mallon (pourtant excellent dans le seria haendelien – voir son Rinaldo), qui quoique très valable, paraît un rien indolente, même sans la comparer aux deux autres.

Daniel — 23 décembre 2014

Coïncidence ou non? Cet air est justement chanté par le contre-ténor Justin Kim (qui joue Orlofsky) dans le second acte de la Chauve-Souris de l'Opéra-Comique...Il y parodie Bartoli, c'est absolument hilarant !

DavidLeMarrec — 23 décembre 2014

Bonsoir Daniel !

Pure coïncidence en effet, puisque cette notule du 8 décembre a été rédigée avant que les répétitions scéniques aient commencé, à mon avis… et je n'étais pas dans le secret des dieux. Preuve de plus du statut emblématique de ce petit air figuratif.
Le lectorat n'en est que plus impardonnable, merci de l'avoir souligné.

Ça a l'air très amusant, dit comme ça… il parodie comment ? Avec le ribattuto un peu nasal, ou en se pliant en deux et en faisant des mines ?

Gilles — 26 décembre 2014

Bonsoir.
J'ai souvent (toujours ?) lu que Bartoli avait exhumé (c'est le terme que vous employez) cet air, alors qu'il me semble qu'il y a au moins un enregistrement plus ancien de Mme Caballé...

DavidLeMarrec — 26 décembre 2014

Bonsoir Gilles !

En effet, j'ai entendu cet enregistrement il y a quelques années (officiel ou non, je ne suis plus sûr). Ça m'avait très fortement impressionné comme vous le voyez. :)

Le terme était inexact, c'est vrai ! Cela dit, sur le principe, Bartoli a rendu non seulement le public mais les « sachants » au Vivaldi scénique, qui était un pan largement tu, pour ne pas dire honteux, de son catalogue. (Alors que ses meilleurs opéras valent amplement les Haendel moyens qu'on jouait déjà abondamment à cette date.) Le petit morceau de Caballé pour se chauffer la voix dans ses récitals au milieu d'arie antiche et d'airs de seria sensiblement moins exigeants n'était pas beaucoup plus significatif que l'Orlando de Scimone, faisant plutôt figure d'exception dans l'intérêt porté à Vivaldi.

Mais vous avez raison de le souligner, c'est complètement juste !

Gilles — 26 décembre 2014

D'après mes notes, l'enregistrement de Mme Caballé date de 1980 ou 1981. Elle est accompagnée au piano par Miguel Zanetti. Il y a tout un double CD consacré au répertoire italien : quelques arie antiche en effet, mais aussi des airs de Vivaldi (dont le fameux Sposa son disprezzata, où elle respire à peine) ainsi que des mélodies de Rossini, Donizetti, Bellini...
Le tempo de "Agitata" choisi par Mme Caballé est nettement moins agité que celui de Mme Bartoli, mais les vocalises y sont plus propres et moins "mitraillette", et les sauts conservent l'homogénéité du timbre.

DavidLeMarrec — 27 décembre 2014

Il me semble que c'était aussi beaucoup plus mou et assez largement inexpressif… Mais il y a bien longtemps que je n'ai pas réessayé. Il faut que Caballé n'a pas grand'chose à dire dans ce répertoire, qui lui servait essentiellement d'échauffement pour ses récitals, comme on faisait jadis…

Licida — 28 décembre 2014

Moi vous savez, le soflège ce n'est pas mon truc et rien ne ressemble plus à une suite de croches sans texte qu'une autre suite de croches sans texte.

Par contre recommander le studio Spinosi avec la Vero qui détimbre complètement, la Simone qui minaude et la Marie-Nicole qui joue plus qu'elle ne chante, le tout avec Spinosi au comble du morse symphonique (y a pire cela dit: La Fida Ninfa), là je dis stop! Surtout qu'on a un live avec la Blandine et la Sonia autrement inspirées!

DavidLeMarrec — 28 décembre 2014

Je parlais de choses couramment disponibles. Évidemment, je n'écoute que la prise sur le vif avec Prina et Staskiewicz. Mais il doit être plutôt difficile de le récupérer aujourd'hui. En l'absence de cela, le studio reste très bien.

À plus forte raison vu qu'avant la parution de la version de Pinchgut, il n'y avait que (beaucoup) moins bien sur le marché.

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