[Sélection lutins] — Les plus beaux concertos pour piano
… une nouvelle remise des putti d'incarnat, sur le terrain abondant mais inhospitalier des concertos pour piano.
Principe
Le concerto est, de façon parfaitement explicite (au même titre que l'opéra seria), le lieu de la virtuosité, avant d'être celui de la musique. Mais autant le concerto pour violon peut s'échapper de la contrainte par des mélodies rêveuses et des atmosphères orchestrales prégnantes, autant celui pour piano, à cause même de la nature de l'instrument (harmonique) et de l'expression de sa virtuosité (en général du remplissage par gammes et arpèges), laisse moins de place à l'évocation… le piano s'impose dans le discours, et ne peut pas être un prétexte de second plan — cela arrive rarement en tout cas, et l'on voit bien pourquoi.
En conséquence, le concerto pour piano est un univers pas toujours très exaltant musicalement, sauf à aimer le piano comme d'autres aiment la glotte — et c'est pourquoi, depuis quelque temps déjà, j'ai soigneusement relevé le nom de ceux qui me paraissaient dignes d'être découverts ou réécoutés. Les voici pour vous.





Détail tiré de L'Audition du concerto, tableau allégorique de Lagrenée l'Aîné.
Huile sur toile, 1766. Collection particulière.
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Liste
Comme il est excessivement rare qu'un compositeur post-1800 écrive plus de six concertos (et encore plus qu'il y en ait plus de trois d'intéressants !), on peut se payer le luxe d'une présentation par date de composition (quelquefois d'édition, mais j'ai tâché de faire attention aux grands écarts), plus féconde à mon sens.
Comme (parce que) c'est l'usage, la sélection est fondée sur ma subjectivité (les astérisques aussi).
1777 – **Mozart n°9 en mi bémol (K.271)
1786 – *Mozart n°22 en mi bémol (K.486)
1786 – **Mozart n°23 en la (K.488)
1786 – Mozart n°24 en ut mineur (K.491)
1788 – Mozart n°26 en ré (K.537)
???? – Dittersdorf unique concerto pour piano
1795 – Beethoven n°1 en ut (Op.15)
1797 – *Cramer n°2 en ré mineur (Op.16)
1806 – Beethoven n°4 en sol (Op.58)
1809 – **Beethoven n°5 en mi bémol (Op.73)
1816 – *Hummel Concertino en sol, adaptation du concerto pour mandoline de 1799 (Op.73)
1816 – *Hummel n°2 en la mineur (Op.85)
1823 – Kalkbrenner n°1 en ré mineur (Op.61)
1825 – Cramer n°8 en ré mineur (Op.70)
1826 – *Mendelssohn Capriccio brillant (Op.22)
1830 – **Chopin n°2 en fa mineur (Op.21)
1830 – **Chopin n°1 en mi mineur (Op.11)
1833 – *Chopin Rondeau à la Krakowiak (Op.14)
1833 – Hummel Introduction & rondo brillant, en fa mineur (Op.127)
1834 – *Mendelssohn Rondo brillant (Op.29)
1835 – Wieck-Schumann en la mineur (Op.7)
1837 – Mendelssohn n°2 en ré mineur (Op.40)
1838 – Mendelssohn Sérénade et Allegro giocoso (Op.43)
1845 – *Schumann en la mineur (Op.54)
1853 – Liszt n°1 en mi bémol, commencé en 1830 (S.124)
1858 – **Saint-Saëns n°1 en ré (Op.17)
1859 – *Brahms n°1 en ré mineur (Op.15)
1861 – Liszt n°2 en la, créé en 1857 (S.125)
1869 – *Saint-Saëns n°3 en mi bémol (Op.29)
1875 – Saint-Saëns n°4 en ut mineur (Op.44)
1875 – Tchaïkovski n°1 en si bémol mineur (Op.23)
1881 – **Brahms n°2 en si bémol (Op.83)
1884 – Tchaïkovski Fantaisie de concert en sol (Op.56)
1885 – *Franck Variations symphoniques (FWV 46)
1889 – Lalo en fa mineur
1890 – *Debussy Fantaisie (L.73)
1892 – *Tchaïkovski-Taneïev Andante & Finale
1893 – Tchaïkovski n°3 en mi bémol (Op.75)
1893 – Stenhammar n°1 en si bémol (Op.1)
1901 – Rachmaninov n°2 en ut mineur (Op.18)
1907 – Stenhammar n°2 en ré mineur (Op.23)
1908 – X. Scharwenka n°4 en fa mineur (Op.82)
1909 – Rachmaninov n°3, en ré mineur (Op.30)
1913 – Prokofiev n°2, récrit en 1923 (Op.16)
1920 – Marx en mi
1923 – Schulhoff n°2 (Op.43)
1923 – Korngold pour la main gauche, en ut dièse (Op.17)
1927 – Medtner n°2 en ut mineur (Op.50)
1930 – *Ravel pour la main gauche, en ré (M.82)
1930 – Ireland en mi bémol
1931 – *Schmitt symphonie concertante
1932 – Cras unique concerto pour piano
1942 – Schönberg (Op.42)
1943 – Medtner n°3 (Op.60)
1944 – Egge n°2 avec orchestre à cordes (Op.21)
1954 – *Tveitt n°5 (Op.156)
1967 – Stockhausen, concerto en sol majeur (S.666)
1988 – *Ligeti unique concerto pour piano
1993 – *Fedele unique concerto pour piano
1996 – Silver unique concerto pour piano
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Infra-sélections
Ici, pas d'hésitation pour moi, Mozart et Brahms (et Chopin dans un genre quasiment sans orchestre) écrasent tout. Dans le genre ultime, j'adjoins donc un surtout un Beethoven et un Saint-Saëns. Mais dans ce répertoire assez centré sur la virtuosité, assez peu d'œuvres majeures à distinguer. C'est pourquoi j'ai favorisé (œuvres à un astérisque) soit des pièces pourvues d'une originalité forte (Tveitt et Ligeti décoiffent vraiment), soit des piécettes charmantes qui valent un peu plus que ce qu'on pourrait croire (les Cramer, Hummel, Mendelssohn et Debussy). Évidemment, en valeur musicale absolue, la hiérarchie serait assez sensiblement différente.
Dans le même registre, je n'ai pas mis tous les Rachmaninov, Prokofiev et Medtner, mais il va de soi que leurs moins bons concertos valent largement les meilleurs d'autres que j'ai cités. Mais le but étant de privilégier les découvertes, il serait fastidieux de noyer les pépites plus inattendues sous les catalogues intégraux de compositeurs déjà renommés.
Il manque aussi quelques grands noms du piano brillant (Field et Moscheles, par exemple), mais j'ai eu quelque difficulté à me persuader de les inclure : sans même mentionner Chopin, une fois qu'on a écouté les concertos en mineur de Cramer et Hummel, on n'a pas grand'chose à y gagner. De même pour Haydn, je trouve dur de se passionner pour eux dans l'absolu, mais alors qu'on a une dizaine de grands Mozart à disposition, ça paraît un peu une perte de temps. Bien sûr, il faut les écouter pour essayer et se faire une image plus complète de l'univers de Haydn ; mais je ne me vois pas les recommander.
Et puis, comme toujours, les biais de mes goûts personnels : pour ne pas se retrancher derrière des arguments absolus discutables, autant assumer ce que ses goûts ont de détour et de difformité.
Pour finir, si l'on veut vraiment explorer un peu l'univers des concertos pour piano (pas la plus nourrissantes des formes canoniques, c'est entendu), suggérons un exemple de parcours express : un Mozart, Cramer n°2, Beethoven n°5, Chopin n°1, Schumann, Saint-Saëns n°1, les deux Brahms, Tchaïkovski n°1, Franck, un Rachmaninov, un Prokofiev n°2, Schulhoff, les deux Ravel, Schmitt, Schönberg, Tveitt n°5, Ligeti. Avec ça, on a une vue assez riche de ce qu'il est possible de faire de l'objet concerto, avec rien que des chefs-d'œuvre, et en évitant largement les doublons esthétiques.
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Écrit par DavidLeMarrec , dans Goblin Awards, Sélection Lutins & Putti d'incarnat
Bonjour David,
Voila une liste éloquente!
Et Bartok?
Rien que pour la poésie intense des mouvements lents des concertos n°2 et n°3, il mériterait d'être sur la liste non?