Carnets sur sol

mercredi 2 juillet 2014

[Lacoste] Le Festival des Vieilles Gloires


En feuilletant le programme lyrique de province pour la saison à venir — dont les raretés et gourmandises seront proposées ici dans les tout prochains jours —, je suis tombé par hasard sur ce petit bijou.

Au festival de Lacoste (quelque part entre Apt, Forcalquier, Lourmarin, Pertuis, Beaucaire et Carpentras), le 11 juillet de cette année, on pourra entendre Iolanta de Tchaïkovski, avec accompagnement de piano... mais quelle distribution.

Je m'y suis repris à plusieurs fois tant l'attelage disparate paraît sorti du cerveau d'un mélopathe tout à fait décadent, assemblant pêle-mêle :

¶ Les vieilles gloires russes : Irina Bogacheva (née en 1939 !), Elena Obraztsova, Evgeny Nesterenko (qu'on croyait tous retirés), plus l'excellent spécialiste (américain) de ce répertoire Neil Shicoff, lui aussi en assez petite forme actuellement ;

¶ Des chanteurs toujours en activité qui ont eu leur moment de gloire, mais qu'on entend moins ces derniers temps, plutôt dans un genre baroque (Inga Kalna), mozartien (Deborah York) ou belcantiste léger (Élisabeth Vidal) : Laura Claycomb, Joan Rodgers, André Cognet (qui a pas mal d'engagements, mais on ne le voit guère en France)... Pour certaines, le déclin est possiblement amorcées ; pour d'autres, c'est plutôt un effet de mode des programmateurs ou des magazines. Je crains en effet que la période diapasonnable d'Inga Kalna ne soit définitivement passée.

¶ ... et Vito Maria Brunetti, d'une présence extraordinaire dans les minuscules répliques de Gubetta (l'équivalent d'Annina de La Traviata dans Lucrezia Borgia de Donizetti) de l'enregistrement de Perlea et Caballé — vous pouvez entendre la quasi-intégralité du rôle sur cette piste : http://www.deezer.com/track/71838212. Mais c'était en... 1966, à une époque où la voix était de toute évidence déjà mature. Néanmoins, vu sa notoriété déjà extrêmement confidentielle (c'est son intervention la plus célèbre !), je ne vois pas pourquoi ils auraient dépêché un fils ou un neveu dans ce rassemblement d'illustres éclipsés et de grabataires vocaux.

Tout cela ne manifestant pas le moindre début de cohérence stylistique, à part le côté déclinant des voix, dont certaines promettent d'être... impressionnantes.

Le plaisir de frémir d'effroi dans le Théâtre des Carrières me tenterait même assez, je l'avoue.

Je ne pouvais pas ne pas partager cette trouvaille avec les honorables lecteurs de CSS, évidemment.

30 juin 2014 ; 22h03m41s

6 roulades

Pierre — 2 juillet 2014

Hou je défaille... Obra maintenant, Nesterenko... et face à eux des Vidal/Cognet...
En effet, vraiment très étrange. Peut-être que les vieilles gloires ne sont là que pour les tous petits rôles (nourrices, serviteurs...)

Mais ce serait tentant en effet!

DavidLeMarrec — 2 juillet 2014

Je doute qu'à près de 80 ans, Bogatcheva se soit découvert une seconde carrière de soprano... Mais même pour de petits rôles, les voix vont être bizarres.

Je n'ai pas pu trouver, même sur le site du festival, la répartition des rôles, mais comme il n'y a qu'une seule soirée, ils doivent tous être sur la scène ce soir-là et on doit avoir à peu près tout le monde.

On aura donc vraisemblablement, pour les rôles conséquents, Shicoff et Cognet en princes, probablement Nesterenko (qui a perdu beaucoup de son grave au fil des ans, mais qui était encore très bien il y a dix ans dans Mozart & Salieri de Rimski) en roi René. Iolanta, je ne peux pas dire — Claycomb, Vidal, Rodgers ?

Mélange des styles très étrange à prévoir. Si ça ne valait pas 40€ au fond des carrières, avec piano seulement, loin de tout, j'aurais bien été tenté.

Faust — 2 juillet 2014

Vous avez la dent dure ...

Le Festival et aussi le village n'appartiennent-ils pas à Pierre Cardin ?

Eve Ruggeri n'en assumait-elle pas la direction artistique ?

Ils ne sont pas moins de trois personnes pour la mise en scène de Iolanta dont une certaine Nadine Duffaut. Est-ce celle des Chorégies d'Orange ?

DavidLeMarrec — 3 juillet 2014

Je n'ai pas l'impression d'avoir été cruel (ni même vraiment négatif). Il est un fait que les styles de chant sont extrêmement divers, et que ce sont essentiellement des noms « éclipsés », voire des chanteurs qui se sont retirés des scènes !

J'ai même dit que ça me faisait envie... mais objectivement, rien qu'en regardant la chronologie des carrières et la disparité des répertoires, ça fait peur, non ?

Pierre — 3 juillet 2014

Oui, ça fait peur un peu quand même...

En fait c'est surtout Schicoff qui me fait peur... car lui il n'a en rien arrêté de chanter (il est encore prévu dans La Juive à Vienne!) et du coup il chantera forcément Vaudémont...

Pour Iolanta elle-même, je serais bien tenté par Vidal, mais j'ai comme un doute en fait!

DavidLeMarrec — 3 juillet 2014

C'est le seul ténor de toute façon. :)

Oui, Shicoff est celui qui fait le plus peur parmi les gros rôles, mais ce ne sera probablement pas la bizarrerie la plus spectaculaire — franchement, en 66, Brunetti que j'adore (ses minuscules répliques sont ce que j'ai le plus écouté dans le studio Perlea de Lucrezia Borgia) fait déjà entendre une voix bien mûre, voire pas loin de commencer à décliner. |:-o

Vidal serait effectivement la plus à même de bien chanter le rôle, mais vu l'intérêt du recruteur pour les instruments larges, peut-être sera-ce plutôt Rodgers (voire Claycomb), qui a sensiblement plus de « corps » vocal.

Les commentaires sont clos sur le site archivé.

Pour ajouter votre commentaire, envoyez-le ici. Je le publierai à réception. (Sauf mention contraire, bien sûr.)