Carnets sur sol

mardi 6 août 2013

Épiphanie


Il est des moments où une phrase anodine révèle davantage sur une société que toutes les exégèses. Ainsi, il y a quelques jours, en entendant Desmond Tutu rendre hommage à Nelson Mandela :

He makes us feel more tall.

j'ai pris conscience avec une violence particulière du caractère tout à fait éclaté des langues dans cette nation. On pourrait croire que l'anglais sert de ciment entre les autres groupes linguistiques, mais si un archevêque ouvert sur le monde et sans cesse sollicité, anglican de surcroît, ayant fait des études supérieures et même formé comme instituteur, n'a que cette maîtrise rudimentaire, je sous-estimais sans doute le cloisonnement linguistique en Afrique du Sud.

Étonnant comme un tout petit détail syntaxique, sans aucune importance sur le fond, pose une question vive et révèle peut-être quelque chose.

4 roulades

arnaud bellemontagne — 6 août 2013

Utiliser des termes de manière impropre ça arrive à tout un chacun, non?

Je ne vois pas trop ce que ça révèle à vrai dire.

Il faudrait que tu explicites un peu ;o)

Thomas LAFEUILLE — 6 août 2013

Moi, je trouve que ça a le mérite d'être clair.

Certes chacun fait des erreurs de grammaire, d'autant plus à l'oral, mais ce type d'erreur ??
Ce n'est pas comme si un francophone omet l'imparfait du subjonctif ou conjugue le verbe promouvoir : "je promouvois...".
C'est plutôt comme si Laurent Monsengwo parlait "de le table de la Loi" ou "de la livre divine" ; typiquement le genre de règles arbitraires dans une langue qu'un locuteur de Kinshasa ne fait sans doute jamais.

DavidLeMarrec — 6 août 2013

Salut tous les deux !

J'ai été volontairement allusif pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte, parce que ça me paraissait très visible, mais on peut tout à fait expliciter en commentaires.

Le comparatif en anglais, ça ne se forme avec « more » que pour les mots longs. En principe, il aurait dû dire « feel taller ».

Tu dis que ça arrive à tout le monde... oui, une erreur sur un accord, ou sur un piège de la langue (des gens très bien disent « c'est moi qui est », ou n'emploient pas le subjonctif au bon endroit).

Là, c'est très différent. Tu as un érudit qui ne maîtrise pas une formule syntaxique de base. Imagine le cardinal Lustiger en train de dire : « C'est la plus bonne des choses qui puisse nous arriver. » Ce n'est tout simplement pas possible.

Et ça dit donc beaucoup de choses sur la maîtrise de l'anglais en Afrique du Sud, que je croyais tout à fait courant dans les classes sociales urbaines les plus élevées.

malko — 7 août 2013

Je suis plutôt d'accord avec David : ce "détail" révèle avec plus de pénétration que bien des essais démonstratifs et raisonnés un défaut d'acculturation et donc de point de rassemblement des ethnies d'Afrique du Sud autour de la langue coloniale.

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