Carnets sur sol

jeudi 21 mars 2013

Programme salle Pleyel 2013-2014


Une petite maladresse cet après-midi a rendu accessible la brochure qui ne devait être dévoilée que samedi.

Pour les plus impatients, on peut la regarder ici.

Je ne l'ai parcourue que rapidement, mais en contraste avec la saison 2012-2013 remarquablement riche, variée, abondante en oeuvres majeures et rares... je suis au contraire frappé par la programmation un peu sclérosée (toutes proportions gardées, eu égard au nombre de concerts disponibles !) de la saison prochaine. Les mêmes oeuvres (pas forcément les plus grands chefs-d'oeuvre de surcroît) sont jouées un grand nombre de fois, comme Ein Heldenleben de Strauss (quelque chose comme quatre ou cinq occurrences !), la Cinquième Symphonie de Prokofiev (évidemment jamais les autres), les symphonies de Brahms (bien sûr).

Assez peu d'opéra, et les oeuvres présentées sont très célèbres (bizarre d'aller voire Les Noces, Boris ou La Bohème en version de concert, alors que les versions scéniques pleuvent...), et pas forcément démentiellement distribuées.

Assez peu de baroque, et lorsqu'on invite Niquet ou Jacobs (une fois chacun), c'est pour jouer du Mozart.

Très peu de contemporain - uniquement des valeurs sûres, souvent de qualité (Qigang Chen, Manoury, concert monographique Reich avec Reich, Rihm...), mais pas de noms nouveaux.

On pourra tout de même entendre Die Soldaten de Bernd Alois Zimmermann, très rarement donné, et considéré comme une oeuvre majeure - étant une sorte de Wozzeck au carré, je ne suis pas complètement client, mais l'oeuvre est effectivement d'une densité rare. Et une intégrale Chostakovitch (par Gergiev, qui sera très présent), ce qui permet d'entendre des symphonies jamais proposées en concert.

Côté interprètes légendaires, il y a aura Georges Prêtre, il y a aura Martha Argerich.

On trouve toujours de quoi se satisfaire dans cette masse considérable (un beau concert Brahms choral & orchestral, oeuvres peu données), mais ce sont amplement les mêmes noms de compositeurs qui se succèdent, de façon un peu décevante pour qui veut renouveler ses fréquentations ou profiter du concert pour explorer des répertoires. L'essentiel se concentre dans le grand répertoire romantique célèbre (je ne crois même pas avoir vu une symphonie de Haydn !) ou les grands classiques du premier vingtième.

11 roulades

Joël — 21 mars 2013

(La brochure n'est plus si confidentielle que ça : les abonnés ont commencé à la recevoir par la poste !) Je suis assez d'accord avec tout ce que tu dis... Il y aura quand même un peu de Haydn : concerto pour trompette, symphonies 82 et 88, les deux concertos pour violoncelle, et une symphonie au numéro inconnu par l'Academy of St Martin in the Fields.

Ugolino le profond — 22 mars 2013

Attention, c'est la symphonie vocale tirée de Die Soldaten, pas l'opéra. C'est déjà une belle oeuvre, et cela cache peut-être un festival présences intéressant.
Autrement, oui, très peu de choses qui font envie, sorti de quelques concerts de l'OPRF (les usual suspects Salonen, Franck et Saraste) au milieu d'une saison morne, et de Gergiev qui a le mérite d'offrir des programmes vraiment burnés et sans doute très réussis, à défaut de vraie raretés.
J'ai cru un instant que MTT nous jouait la Concord symphony de Ives et j'ai cru mourir, mais ce n'est qu'un mouvement, et Metzmacher nous fait avec l'OP le programme Ives/Antheil/Gershwin/Bernstein que j'ai entendu avec le Philharmonique de Berlin. Oserai-je aller comparer ? Lol.
En voyant ce programme, je me dis qu'en à peu près trois-quatre ans, on peut avoir vu tout ce qu'il est souhaitable de voir à la Salle Pleyel, et le reste ne sera que bis repetita.

L'absence quasi-totale de Britten est déplorable.

Ca craint, globalement.

David Le Marrec — 22 mars 2013

Merci Joël, je n'avais pas eu vent de cela. Oui, j'ai finalement vu Haydn en regardant tranquillement le programme. Et tout de même pas mal de choses qui me font envie, mais c'est plutôt de l'ordre de la fantaisie (bien envie d'entendre en ce moment les 1, 6 et 7 de Sibelius en concert, précisément celles qui sont jouées... ou bien une Quatrième de Brahms par l'OP) que de la nouveauté immanquable de la programmation.

Ca rejoint ton propos, Ugolino, j'ai l'impression que depuis que je vais à Pleyel (je suis dans ma quatrième saison), je vois tout le temps les mêmes oeuvres faire la rotation. La première fois, je m'étais affolé de laisser passer des choses comme Pierrot Lunaire ou l'Oiseau de feu (choses programmées une fois toutes les deux décennies à Bordeaux, où le rythme de rotation des standards, particulièrement du XXe, est très lent - à part les symphonies de Beethoven, peut de corpus reviennent régulièrement), croyant ne pas les revoir de sitôt. Alors que chaque saison (en comptant Pleyel et les autres) donne l'occasion de réentendre une dizaine de Sacre et d'Oiseau, quatre ou cinq Pierrot...

Effectivement, oui, ce n'est que la symphonie vocale, heureusement qu'il y a Rihm et Manoury comme valeurs sûres, sinon ça ne me ferait vraiment plus beaucoup envie. Déjà que je ne m'enthousiasmais pas vraiment de m'infliger cette oeuvre, mais alors sans la composante dramatique, ça vire au masochisme (quand on a mes goûts, parce que ça reste de la bonne musique).

sorti de quelques concerts de l'OPRF (les usual suspects Salonen, Franck et Saraste) au milieu d'une saison morne, et de Gergiev qui a le mérite d'offrir des programmes vraiment burnés et sans doute très réussis, à défaut de vraie raretés.

Oui, l'intégrale Chostakovitch est le gros effort de la saison. Effectivement, les concerts du Philhar sont particulièrement alléchants, par exemple ceux de Franck et Saraste (les Gurrelieder avec cette distribution, ça ne me fait vraiment pas envie, sans parler du choeur...).

En plus des programmes Ives, j'ai aussi remarqué la Troisième de Copland (je doute que tu aimes, mais moi si, beaucoup, dans le genre primesautier bruyant...). Et globalement des choix de l'Orchestre de Paris assez attirants à défaut d'être originaux (et puis le choeur est assez souvent sollicité, ce qui est une excellente nouvelle) - et comme j'aime particulièrement l'Orchestre de Paris, même s'il ne faut pas...

(C'est vraiment Britten qui te manque le plus dans ce panorama ? - il est quand même dans au moins quate concerts, en plus. Il me semble que j'en remarquerais d'autres avant, et je ne parle pas forcément de seconds couteaux que j'aime, hein : rien que Nielsen, déjà...)

Ugolino le profond — 23 mars 2013

Le programme du petit Järvi avec la symphonie de Copland est presque le seul de l'OP qui m'attire, mais je ne trouve pas cette symphonie très inspirée au contraire d'autres oeuvres de Copland, et l'OP là-dedans, même si c'est plus facile qu'Ives...

Pour Britten, c'est juste que 2013 est le centenaire de sa naissance... On nous a saoulé avec le bicentenaire Wagner et Verdi, mais le centenaire Britten est totalement zappé en France, alors que c'était l'occasion d'entendre un peu son oeuvre.

David Le Marrec — 23 mars 2013

Ah, parce que tu croyais que les anniversaires servaient à découvrir des choses ou à changer la programmation ? Je vais t'expliquer comment ça se passe : on fait exactement le même programme (en ajoutant au besoin quatre ou cinq Mozart, Chopin, Mahler, Verdi ou Wagner - c'est selon), et on estampille chaque concert qui contient un de ces compositeurs "anniversaire". :)

En 2013, sans espérer qu'on nous fasse un revival Macfarren, Dargomizhski, Hartmann (on en a quand même un, pour celui-là...) ou Henkemans, oui, il manque Britten, mais on aurait aussi bien pu faire des concerts Gesualdo, Corelli, Poulenc, Hindemith, Lutosławski ou Khrennikov... Le principe de l'anniversaire sert juste à habiller des concerts qu'on trouverait banals ou mineurs en d'autres circonstances, et à donner l'impression d'urgence, d'événement instantané (vite, ça fait 100 ans qu'il est mort !).

Pour Verdi et Wagner, ça n'a même pas donné lieu à la représentation d'oeuvres plus rares (on aurait pu faire une intégrale des mélodies et lieder de Wagner, jouer sa musique de scène pour Faust ou bien carrément Das Liebesverbot, représenter des opéras de jeunesse de Verdi qu'on n'entend jamais, ou de la musique de chambre... je ne dis pas que ce soit le meilleur de leur production, mais ça aurait aurait été congruent avec le principe d'événement un peu original).

Jérémie — 23 mars 2013

L'Orfeo de Monteverdi par Rousset... Moi qui n'ait jamais accroché à cet opéra c'est le moment où jamais !

David Le Marrec — 24 mars 2013

Ca me fait plus peur qu'envie, Rousset n'étant pas précisément le spécialiste du coloris (bien au contraire), et ayant manifesté un intérêt déclinant pour la déclamation...

Tu me raconteras, voilà tout.

(Comment peut-on ne pas aimer L'Orfeo ? A fortiori quand on aime les quatrièmes couteaux de la même époque...)

Ugolino le Profond — 27 mars 2013

Mais tu sais David que je suis un grand naïf.

Et sur ce, je vais m'enfermer dans le noir avec le programme du TCE.

(Britten, c'est quand même une vraie célébration officielle, cf http://www.britten100.org/home, avec 1422 évènements dans le monde, dont... 18 en France)

David Le Marrec — 27 mars 2013

De quoi te plains-tu ? Il y a même un programme semi-conceptuel Menu Rossini au TCE, avec un (bout de) Quintette de Meyerbeer. Je ne sais pas ce qu'il te faut, vraiment.

Et il y a du Manoury partout, ça va te faire plaisir.


Non, je n'ai rien dit, reprends ton plastic !

Ouf1er — 2 avril 2013

Triste, triste, triste de voir un répertoire qui se réduit à peau de chagrin d'année en année... On ne compte plus les intégrales des symphonies de Brahms, Mahler ou Beethoven qui se suivent et se ressemblent.... Quand ce n'est pas des Mer de Debussy ou des Bolero de Ravel....

David Le Marrec — 2 avril 2013

En même temps, il faut bien remplir, et la majorité du public n'allant pas cinquante fois au concert par saison, et n'achetant pas cent disques par an, il est logique que les salles offrent des programmes susceptibles de faire des entrées. Tant que les soirées alternatives ne disparaissent pas (comme c'est le cas dans d'autres contrées), ce n'est pas très grave.

Ca suppose d'accepter le risque des petites salles, quelquefois, et de prendre le temps de rechercher son programme au lieu de se contenter de râler sur la brochure de l'Opéra ou de Pleyel.


Mais évidemment, comme toi, j'aimerais que, même dans ce cadre, on nous propose des choses plus variées. Peut-être pas à Paris, où on peut de toute façon faire sans problème vingt soirées rien que sur un seul style de niche (le nombre de concerts de musique indienne, de musique Renaissance a cappella, de musique de chambre germanique décadente, de français obscurs du premier XXe, etc.). En revanche, dans les villes de taille plus réduite, on se sent vite prisonnier de la routine des programmations, clairement. Et les alternatives dans les petites salles n'existent pas forcément.

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