Carnets sur sol

mercredi 6 mars 2013

Wagenaar, R. Strauss et Tchaïkovski par Jansons & le Concertgebouw (Pleyel 2013)


Tiré du fil de la saison :

L'occasion pour moi de découvrir le Concertgebouw en salle - pour une fois qu'un orchestre invité prestigieux joue des choses pas trop souvent données - sauf la Cinquième Symphonie de Tchaïkovski, mais la chérissant particulièrement, et l'intégrale des symphonies par Jansons / Oslo étant à mon sens de très loin la plus aboutie de ce qui a été commercialisée...

Ce n'était ni la meilleure oeuvre de Wagenaar (ouverture de De getemde Feeks - « La Mégère apprivoisée »), ni de Herr Strauss (Tod und Verklärung), mais le tout était agréable.

Effectivement, techniquement, l'orchestre impression : fondu fabuleux de cordes, et surtout la puissance individuelle des musiciens de la petite harmonie, assez hallucinante, et sans jamais altérer le timbre. Quel que soit l'effectif et le volume, ils restent distinctement audibles. De ce fait, même avec soixante-dix cordes, on entendait parfaitement ce qui se passait à cet endroit - alors qu'on met souvent deux fois trop de cordes et que cela empêche d'entendre les détails aux vents. Jamais entendu d'aussi belles flûtes, aussi densément timbrées - mais on pourrait en dire autant qu'à peu près tous les bois.
Corollaire : relativement peu de fondu entre les différentes sections de l'orchestre, mais ce n'était pas réellement gênant.

Malgré cela, je suis sorti assez mitigé du concert, pour ne pas dire déçu, eu égards aux attentes que cet orchestre fait naître via les phonogrammes (et bien sûr sa réputation) : en particulier dans Tchaïkovski, tous les angles de la partition son arrondis, et l'ensemble paraît extrêmemnt mesuré et maîtrisé pour une oeuvre aussi enfiévrée, comme s'il n'y avait pas réellement d'enjeu de sens. L'orchestre étant exceptionnellement virtuose, la sécurité (voire la pépère-attitude) n'en sont que plus ostensibles.
Aux antipodes de l'enthousiasme assez ballettistique que faisait valoir Jansons à Oslo. Ici, ce sont des pianissimi subiti qu'il utilise, pour bien montrer à quel point l'orchestre semble alors quasiment disparaître, comme sous l'effet d'un potentiomètre, sans rien altérer de son timbre ; mais ces (rares) effets ne sont jamais intégrés pour construire un crescendo ou contribuer à la tension - on dirait une démonstration de force, et de gens qui maîtrisent trop bien leur sujet pour être véritablement impliqués.

D'une manière générale, un sentiment d'absence d'enjeu (aussi bien dans la tension imprimée par les musiciens que dans les choix d'articulation imposés par le chef) qui se communique assez au public. Je rejois donc, à mon grand dépit, la troupe (pas forcément bien fréquentée) des sceptiques du Concertgebouworkest et autres blasés des grandes salles. Pardon.

A ce jour, le plus bel orchestre entendu salle Pleyel (ou ailleurs), aussi bien pour les timbres que pour l'engagement, demeure le Philharmonique de Slovénie. Non, ce n'est pas une provocation.

2 roulades

klari — 6 mars 2013

Toi, tu es fin prêt pour les orchestres hongrois !!

David Le Marrec — 8 mars 2013

Oh, mais je suis plus que volontaire, dès qu'ils auront renoncé à nous faire des programmes de scies Bartók ou Mahler. C'est la raison pour laquelle je ne suis jamais allé entendre Berlin, Vienne ou Amsterdam... s'ils jouent des trucs que je n'entends pas tous les deux jours, je veux bien faire l'effort.

C'est étrange, en plus, parce qu'ils auraient du monde même s'ils jouaient des choses rares, alors qu'ils les gardent chez eux où, du fait de leur présence permanente, les tubes aideraient peut-être mieux à remplir...

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