Carnets sur sol

lundi 7 janvier 2013

Armide & Médée par Noverre & Rodolphe - la naissance du ballet d'action


La restitution des ballets de Noverre sur la musique de Jean-Joseph Rodolphe promettait l'ennui... j'ai récolté la plus belle soirée de la saison. Il s'agissait d'une représentation des premiers ballets qui s'émancipent des suites de danses (même contenues dans une action dramatique) pour raconter l'histoire directement, en pantomime.

Décors coulissants spectaculaires et évocateurs, des pas d'action qui préfigurent le langage romantique mais demeurent dans une simplicité plus amène - on pourrait comparer cela à la différence qu'on peut trouver entre le chant "physique" des opéras romantiques et le chant "poétique" des opéras baroques, en particulier français (où la tension de la tessiture n'est que rarement un enjeu). De belles scènes touchantes consacrées aux mythes d'Armide et de Médée, dans des actions très ramassées (moins d'une demi-heure chacune, avec un entracte immense pour changer les décors, et probablement aussi pour étoffer un peu la soirée). La musique, quant à elle, s'apparente à Méhul et surtout Gossec, et peut se mesurer, en termes de qualité, à leurs symphonies, en particulier Médée & Jason.

Superbe réalisation en sons du Concert Spirituel et en gambettes de la compagnie L'Éventail.

"Nouveau", fascinant, instructif et enchanteur à la fois.

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Mise à jour du 9 novembre 2013 :

Voir aussi ce commentaire, à l'occasion de la diffusion vidéo du spectacle.

23h.

4 roulades

Jérémie — 8 janvier 2013

J'avais un billet, mais largement découragé par le prognostique fortement défavorable émis sur ce site, je me suis ravisé...

Et je manque donc la « plus belle soirée de la saison ».

Voilà ce que c'est de faire confiance à Maitre Farfadet !!!

David Le Marrec — 9 janvier 2013

Ce n'était pas un conseil, seulement un pronostic en effet, une intuition - vu les mises en scène du lieu, et l'apparition d'une musique dont personne ne parle jamais, pour un ballet probablement empesé... Comme quoi même chez les amateurs de raretés les plus enragés, les préjugés (Rodolphe, cela peut-il être un patronyme de grand homme, je te le demande !) ont la vie dure.

Je suis désolé d'avoir contribué à te décourager.

Quand je dis "la plus belle", c'est tout simplement parce qu'en plus d'être très beau et irréprochable en tout point, on pouvait jouir d'une véritable découverte, un univers nouveau. Les tragédies en musique, on commence à en avoir vu de belles au plus haut niveau... mais là, une sorte de champ neuf, fascinant est apparu.

Je suis d'autant plus embarrassé que si tu m'avais demandé, je t'aurais sans doute dit d'essayer si tu en avais le temps... tout en te dépeignant que ça ne justifiait peut-être pas de se libérer absolument si tu avais mieux à faire. :(

La seule chose qui m'a empêché d'hésiter à me déplacer, c'est le caractère de rareté absolue, justement : opportunité unique de voir ce genre d'oeuvre. Je croyais vraiment payer ma dîme (à coups d'oreiller) à un désir encyclopédique.

Jérémie — 17 janvier 2013

Je tiens quand même à signaler pour les lecteurs occasionnels, que mon message était d'humeur taquine, que le jugement de David (ha ha :) est généralement sûr, et que j'avais tout simplement pas envie de sortir de chez moi, car il faisait trop froid !

Aller voir un spectacle de danse, tout de même, quelle idée ! ^^

David Le Marrec — 20 janvier 2013

C'est très mal de jouer sur mon sentiment de culpabilité. :) Tu te rends compte, pour une fois que je dis du mal à l'avance d'un spectacle où je vais aller... et qui se révèle fantastique... la responsabilité écrasante pour les cars de spectateurs qui ont annulé leur voyage, et pour la billetterie de l'Opéra-Comique. Je n'aurais plus pu me regarder dans un miroir, ayant causé la mort du spectacle vivant en France et en Europe (ainsi que la faillite de quelques voyagistes).

J'aime beaucoup le ballet personnellement... mais ceux avec qui j'en parle me regardent toujours avec de gros yeux quand je commence à parler musique, comme si je n'étais pas un vrai amateur. Pareil avec les verdiens quand on parle harmonie ou les wagnérien quand on cause théâtre, on se sent toujours suspecté de ne pas être un véritable amateur, vu ces interrogations déviantes : le ballet est fait pour voir bondir des corps sveltes, Verdi pour entendre décibeliser de jolies glottes, Wagner aussi (mais ça fait un peu plus chic, on peut saupoudrer ça de philo).
Mais je vois quand même une différence entre le ballet et les autres répertoires : on ne se fait jamais disputer pour parler de l'Armide de Quinault, des Huguenots de Scribe, du Rigoletto de Piave... alors qu'on se fait reprendre à coup sûr si on ose citer le nom du compositeur avant le nom du chorégraphe. :)

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