[Sélection lutins] Les plus belles oeuvres pour piano solo
De même que précédemment pour d'autres formations, une sélection d'oeuvres recommandées, pour inviter à la découverte. Impossible matériellement de parler de tout cela à la fois, mais les questions sont bienvenues, évidemment.
Cette sélection :
- est, comme les autres, purement subjective, rien de plus qu'une suggestion, et certainement pas une représentation fidèle de la place de chacun dans l'histoire de la musique ou dans le panorama de l'aboutissement musical ;
- exclut les oeuvres pour piano à quatre mains ou deux pianos, qui méritent une sélection autonome ;
- inclut des oeuvres pour clavecin qui disposent d'une tradition d'exécution au piano.
En gras, les corpus qui me sont particulièrement chers, oeuvres isolées ou production entière. Présentation pseudo chronologique (par paquets totalement approximatifs).
Voici la liste :
Bach - Partitas / Suites Anglaises / Suites Françaises
Rameau - Suite en la du Troisième Livre (Nouvelles Suites)
C.P.E. Bach - Sonates H.133 A, H.85 a, H.86 D, H.74 Eb...
Beethoven - Sonates Op.13, Op.27 n°2, Op.31 n°2, Op.101, Op.106, Op.109, Op.110
Schubert - Moments Musicaux / Impromptus / Sonate D.960
Schumann - Carnaval de Vienne / Chants de l'Aube / Fantasiestücke / Waldszenen / Novelettes / Kreisleriana / tout le reste
Chopin - Ballades / Nocturnes / Préludes / Polonaises / Sonates / Rondeau Op.1 / Impromptus / Scherzi / tout le reste
Liszt - Consolations / Harmonies poétiques et religieuses / Années de Pélerinage
Wagner – Siegfried-Idyll (arrangement J. Rubinstein ou G. Gould) / Crépuscule et Voyage sur le Rhein (Gould) / Götterdämmerung (Lugansky) / Mort d'Isolde (Shimkus) / Ouverture des Meistersinger (Gould)
Wieck-Schumann - Soirées Musicales Op.6 / Scherzo Op.10
Brahms – Rhapsodies, Intermezzi, derniers recueils
Franck - Prélude, choral & fugue
Bruckner - Adagio en ut dièse mineur (sa version de l'adagio de la Septième Symphonie)
Janáček - De la rue 1.X.1905
Debussy - Les soirs illuminés / Cahiers d'Images / Estampes / Suite Bergamasque / Isle Joyeuse
Pierné - Variations en ut mineur
Sibelius - Op.58 et autres recueils (à peu près tout)
Nielsen - Suite luciférienne / Pièces Op.3 / Chaconne
Dupont – La Maison dans les dunes / Les Heures Dolentes
Koechlin – Nocturne Op.33, Les Heures Persanes, L'Ancienne Maison de campagne, Paysages et Marines
Vierne - Préludes Op.36
Hahn - Le Rossignol Eperdu
Magnard – Promenades Op.7, Pièces Op.3
Ropartz – Un Prélude dominical, Dans l'ombre de la montage
Cras - 5 Poèmes intimes
Le Flem - 7 Prières enfantines
Tournemire - Préludes-Poèmes (et autres oeuvres)
Schmitt - Crépuscules / Ombres / Enfants / Tombeau de Debussy
Ravel - Miroirs
Decaux - Les Clairs de Lune
Zemlinsky - pièces de jeunesse
Mariotte – Impressions urbaines / Kakémonos Roslavets - Préludes / tout le reste
Ireland - Three Pastels (A Grecian Lad)
Feinberg - Sonate n°3, Sonate n°7, Sonate n°12
Busoni - Chaconne de Bach
Wolpe – Pastorale
Protopopov – Sonate n°1
Zaderatski – Sonate n°2
Mossolov - Nocturnes / 3 courtes pièces / tout le reste…
Inghelbrecht - La Nursery
Barber - Sonate
Kabalevski – 3 Sonates / 2 Rondeaux
Messiaen – 20 Regards sur l'Enfant Jésus / Catalogues d'oiseaux
Stockhausen - Klavierstücke
Takemitsu - Rain Tree Sketch II / Rain Tree Sketch I / Les Yeux Clos II / tout le reste
Ligeti - Etudes Livre I
Ohana - Etudes d'interprétation
Kurtág - Játékok
Boulez - Notations
Tichtchenko - Sonate n°10, Variations Op.1
Amy - Obliques II
Feldman - Palais de Mari
Rzewski - 36 Variations, The People United Will Never Be Defeated !
(Ann) Southam – Rivers, III-8
Crumb - Makrokosmos
Corigliano - Fantasia on an ostinato
Mantovani-Pécou-Campo-Maratka-Escaich - Suite d'hommage à Rameau
Parmi les corpus que je trouve intéressants (mais non essentiels pour moi), il y aurait notamment Scarlatti (juste une modeste poignée), Dupont, Scriabine, Szymanowski (Métopes), Myaskovski, Rachmaninov (Préludes), Medtner (tout), Prokofiev, (Guy) Sacre...
Et quantité de réductions d'oeuvres symphoniques (par le compositeur ou non) peuvent être exaltantes ; elles sont trop nombreuses pour être mentionnées.
Parmi ceux qui me sont les plus chers, les plus anciens n'ont nul besoin de présentation (Rameau, Schumann, Chopin, Brahms, Debussy !) ; en revanche, il y aurait beaucoup à dire de Pierné (virtuosité extrême de ses Variations jubilatoires, et au ton plus sombre que de coutume), Hahn (son Rossignol représente un cycle d'une variété et d'une ambition qui surpasse largement Koechlin, et même Debussy sur certains aspects), Sibelius (sens de l'atmosphère bouleversant, sans être réellement figuraliste), Tournemire (les Préludes-Poèmes sont l'un des sommets de la virtuosité pour piano, et avec cependant une densité poétique rarement atteinte), Schmitt (le corpus regorge de très belles choses), Decaux (fulgurante "invention" de l'atonalité radicale dès 1900, des tableaux sonores incroyables), Roslavets (décevant à lire, mais des anfractuosités fascinantes à l'écoute), Barber (Sonate, quasiment injouable dans les mouvements extrêmes, mais le mouvement lent, avec son thème à la fois atonal, lyrique et balancé, touche aux sommets de l'ineffable), Takemitsu (toujours le maître de la contemplation et du voyage immobile), Ligeti (furieusement ludique, et très accessible), Boulez (plaisir hédoniste des blocs sonores de ses Notations), Rzewski (gigantesque fresque de trente-six variations qui synthétisent en quelque sorte les possibilités du XXe siècle, très accessible également)... à chacun d'aller y regarder !
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Mise à jour du 4 décembre 2013 : Cras, Le Flem, Feinberg, Inghelbrecht, Tichtchenko.
Mise à jour du 29 décembre 2018 : ajout de Dupont, Magnard, Ropartz, Mariotte, Wolpe, Protopopov, Zaderatski, Kabalevski, Messiaen, Southam ; nouvelles pièces de Brahms, Koechlin, Mossolov ; arrangements de Wagner.
Quelques mots ?
Les Français entrants disposent d'un sens extraordinaire des atmosphères.â— Magnard, pas le plus profond, propose une promenade parmi quelques-uns des plus beaux lieux de balades franciliens (Saint-Cloud, Saint-Germain, Trianon, Rambouillet…), dans une belle écriture typique de son temps.
â— Chez Koechlin, j'ai ajouté le très séduisant Nocturne Op.33, mais aussi des cycles pianistiques moins connus que les Heures Persanes : la paix de L'Ancienne Maison de campagne, et les Paysages et Marines, mieux connus dans leur version de chambre, mais qui mettent ici à nu tous les raffinements de leur écriture rythmique et harmonique.
â— Le Prélude Dominical de Ropartz est quant à lui une petite merveille, en réalité une suite et non un prélude, dont les harmonies étranges et d'une lumière intense évoquent fortement Koechlin.
â— Enfin les cycles de Mariotte constituent également une réelle surprise par leur hardiesse, en particulier les Impressions urbaines, figuralismes de bruits mécaniques transfigurés par la poésie de son univers pianistique – comment ne pas songer au Berlin de Meisel ?
Chez les Russes, il faut bien sûr souligner tout l'intérêt des écritures disjonctives, des strates empilées avec furie chez Protopopov et Mossolov ; c'est un peu moins le cas pour Zaderatski, un peu plus lyrique sans doute (toutes proportions gardées), et presque aussi passionnant. Kabalevski est d'une autre génération, le retour à un calme romantisme presque néoclassique, et pourtant ses pièces, commen souvent (ses symphonies !) ont quelque chose d'immédiatement prégnant, qui dépasse l'apparente simplicité de ses moyens.
Ann Southam est une comprositrice minimaliste. Ses Rivières occupent plusieurs récueils (des « Livres »), toujours sur le même principe des boucles tournoyantes, et pas toujours inspirées ; mais j'aime particulièrement cette Huitième Rivière du Troisième Livre, à la fois très vraie figurativement (des entrelacs de confluent, des enthousiasmes de gave !) et très persuasive musicalement.
J'ai aussi référencé l'une des pièces les plus marquantes de l'étonnant Wolpe (qui naviguait quelque part entre le cabaret d'avant-garde et les langages décadents des compositeurs d'opéra de son temps…), les Messiaen (tout le monde inclut les Regards, mais je fais partie de la petite minorité qui trouve le même charme suspendu et éclatant aux Catalogues d'oiseaux – qu'il ne faut pas forcément écouter en blocs, mais qui recèlent tant de beautés dans les consonances paradoxales des modes extra-tonals employés par Messiaen !), les arrangements de Wagner en indiquant les arrangeurs (en l'occurrence, ce peut changer pas mal de choses, car il faut faire des choix !).
Pour prolonger, vous pouvez aussi vous reporter à cette présentation (incomplète) de grands cycles du piano français, assez absents des concerts et rares au disque, considération la domination germanique assez absolue sur ce répertoire, hors Debussy et Ravel. Et pourtant, il y a là de quoi parler à une tout autre sensibilité, de même qu'avec les Soviétiques…
Et pour davantage de sélections et suggestions d'écoute, un chapitre entier y est consacré sur CSS. Bons voyages !
Écrit par DavidLeMarrec , dans Domaine chambriste, Goblin Awards, Sélection Lutins & Putti d'incarnat
Omg, la dose de contemporain les plus inbouffables :O (Sto, Boulez, Amy, Mantovani ...). Au piano solo en plus, qu'est ce que ça doit être :/
Ta liste fait peur ^^.
Bon t'as oublié les 20 regards quand même.