Carnets sur sol

mercredi 18 janvier 2012

E.W. Korngold, père de la variété - [Die stumme Serenade]


CPO vient de publier la sixième et dernière oeuvre scénique (absente à ce jour au disque, me semble-t-il) de Korngold, la seule écrite après 1937. Die stumme Serenade est une "comédie en musique", faite de dialogues parsemés de numéros très lyriques, quelque part entre le post-richard-straussime sucré qui le caractérise, les opérettes de Lehár, la musique de cabaret d'avant-guerre et la musique grand public que Korngold produisait pour les films américains.

Il faut attendre 1954 pour que l'oeuvre (débutée dès 46 et créée en 1951 à Vienne en version de concert) soit représentée, à Dortmund.

L'accompagnement musical est assuré par un piano, quelques percussions et plus ou moins un quatuor à cordes. Le résultat, pas du tout majeur, est très plaisant dans son genre léger et hors du temps.

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Hors du temps, c'est bien le mot, puisque j'ai été à plusieurs reprise assez étonné de retrouver des couleurs mélodiques ou harmoniques qui sont aujourd'hui assez courantes dans la variété. Voir ainsi le post-richard-straussisme, courant qui s'apparente à un néo-rococo, présider à la naissance des modulations sommaires et un peu crues en vogue à la fin du vingtième siècle, c'est un vrai paradoxe.

Et j'ai été absolument cueilli en découvrant un motif récurrent dans un des duos du deuxième acte dont voici quelques extraits :


Anna-Lucia Leone (Louise) et Sebastian Reich (Sam) avec des membres du Holst Sinfonietta dirigés par Klaus Simon. Il faut tout de suite rassurer les lecteurs de CSS : le couple principal est très bien chanté, rien à voir avec la technique très sommaire de Sebastian Reich ici.


... thème qui est la ritournelle du premier numéro du deuxième acte dans la comédie musicale de type "pop" Wicked :


Christine Chenoweth, créatrice du rôle de Glinda. L'oeuvre est réellement intéressante sous des dehors de comédie adolescente : la relecture critique de l'origine des personnages du Wonderful Wizard of Oz, ainsi que beaucoup de questionnements moraux assez riches, y fonctionnent très bien de concert avec la musique et l'humour..


Même si la mélodie et le rythme sont tout à fait identiques, il est hautement improbable, bien sûr, que Stephen Schwartz, compositeur de Wicked, ait lu la partition d'un Korngold rare pour en piller un thème mineur. Mais la parenté vient appuyer le sentiment diffus qu'on peut avoir en écoutant certains autres numéros, celle d'un pont étonnant - plutôt avec la variété qu'avec la pop, à mon sens.

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Au demeurant, donc, une oeuvre très sympathique, et pour les plus glottophiles d'entre vous, Sarah Wegener dans le rôle principal (Silvia) présente des parentés de timbre réellement étonnantes avec Karita Mattila... une heureuse nouvelle, l'une va sur la fin de sa carrière, une autre éclot. En plus son répertoire (Gluck, Haendel, Haas, Herzogenberg, Knecht, Korngold, la musique sacrée de Mendelssohn...) promet beaucoup de choses intéressantes, peut-être dans une veine similaire du côté du romantisme tardif et décadent allemand.

Si le mp3 n'est pas encore fonctionnel, voyez cette ancienne version de la notule.

6 roulades

Gilles — 23 janvier 2012

C'est en écoutant l'émission d'Emilie Munera jeudi dernier que j'ai appris l'existence de cette comédie en musique.
http://sites.radiofrance.fr/francemusique/em/changez-disque/emission.php?e_id=100000059&d_id=425007320&arch=1
Et suis bien heureux que vous lui consacriez une notule.
Les extraits diffusés sur France Musique me donnent envie d'en écouter plus.
Et pourquoi Stephen Schwartz n'aurait-il pas écouté un Korngold méconnu ? Après tout...

DavidLeMarrec — 23 janvier 2012

Hé oui, il faut toujours lire CSS en priorité, les lutins novateurs ont 24h d'avance sur France Mu.

Les extraits diffusés sur France Musique me donnent envie d'en écouter plus.

Indépendamment de l'exemple amusant que j'ai proposé ici, l'ensemble de l'oeuvre mérite l'écoute, il y a de beaux moments de lyrisme léger et pur. Et Wegener procure un relief assez extraordinaire à ces pages.

Et pourquoi Stephen Schwartz n'aurait-il pas écouté un Korngold méconnu ? Après tout...

Comme il n'en existait pas de disques, il aurait fallu qu'il lise la partition... Oui, peut-être qu'il est inconditionnel de Korngold et a tout lu de lui, certes.

Ca me paraît quand même plus de l'ordre de la coïncidence, le thème n'étant pas si complexe.
Mais ça révèle les points communs qu'on peut trouver en d'autres endroits chez Korngold (et tout particulièrement dans cette oeuvre) de façon spectaculaire avec le langage des musiques populaires grand public.

Ouf1er — 29 janvier 2012

Pas encore acheté, mais c'est au programme, pour compléter ma discographique quasi-complète de Korngold... Miam....

Je ne serais pas étonné que le petit air (le 1er) que tu mentionnes ne soit inspiré d'un morceau de Rossini reprise par Respighi dans la Boutique Fantasque (la marche d'introduction).
http://www.jpc.de/jpcng/classic/detail/-/art/Ottorino-Respighi-1879-1936-La-Boutique-fantasque-Ballett-nach-Rossini/hnum/8327815

DavidLeMarrec — 29 janvier 2012

C'est quasiment plus proche de Sondheim que de Heliane, ça pourrait bien te plaire sur les deux aspects...

Ca pourrait, en tout cas c'est le même type de procédé (et le même thème en mineur). Et ce serait un pont plus logique pour Schwartz, qui ayant travaillé avec Bernstein (au texte de la Messe) a peut-être été exposé à ce type de répertoire, davantage qu'aux Korngold-de-niche.

Ouf1er — 29 janvier 2012

Le peu que j'en ai écouté ne me fais pas penser à Sondheim, mais plutôt à Künneke, dont les opérettes (largement sous-estimées) me semblent parfaitement dans cette veine. Et en l'occurrence, ce serait bien sur Künneke l'"inspirateur", car ses oeuvres importantes (Die Lockende Flamme, ou Der Vetter aus Dingsda, ou même Lady Hamilton) précèdent toutes cette Stumme Serenade.

DavidLeMarrec — 1 février 2012

Je parlais bien d'un compromis entre deux choses que cet objet n'est pas tout à fait. Si on veut le rapprocher de quelque chose, ce serait plus un Paul Abraham (lui c'est Hawaï, et non Honolulu comme Künneke) devenu "sérieux" que le Korngold sérieux ou Sondheim, c'est certain.

Je trouve quand même Die stumme Serenade assez loin de Künneke : oui, ça s'inspire de cette veine, mais le résultat est beaucoup plus proche du langage classique.

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