Informatique et censure, idéogrammes et alphabets
Rien ne rendait décisivement l'alphabet supérieur à l'idéogramme jusqu'à présent, les idéogrammes disposant de leur propre combinatoire, et même d'une étymologie. La difficulté était tout de même d'arriver à prononcer un signe (sinon un mot) nouveau, sans l'aide d'un dictionnaire, puisque leur nombre est sensiblement plus étendu que dans le cas des alphabets.
Mais l'arrivée de l'informatique a considérablement changé la question.
D'abord tout simplement pour l'usage du clavier. Lorsqu'on écrit à la main, le cerveau conçoit le terme, puis sa forme, et la main réalise ensuite la forme voulue. Le clavier met à disposition les signes déjà réalisés, mais il s'agit d'une liste fixe et surtout limitée en nombre. L'alphabet ne contenant, par définition, qu'un nombre réduit de caractères, il est aisé de le faire tenir sur un clavier. Les signes de base, en revanche, sont beaucoup plus malcommodes à utiliser, du moins si l'on veut entrer rapidement un texte - la perte de productivité est considérable.
L'autre aspect concerne les possibilités de censure. Dans un système alphabétique, il est très facile de contourner un système de censure, en ajoutant un signe au milieu du mot par exemple : banni devient ba.nni, ban;ni, ou même bh/ani. Lorsque Weibo (æ–°浪微åš) a été censuré ces derniers jours pour étouffer une contestation sur l'impunité des forces de police, des idéogrammes ont été interdits. Bien sûr, il est possible de les contourner en obtenant le même son avec d'autres idéogrammes, ou de faire des périphrases (voire des métaphores !), mais il est finalement beaucoup plus facile de bloquer des pans entiers du langage lorsque les mots forment un tout cohérent, qu'on ne peut pas altérer sans altérer leur sens même.
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Autres considérations sur le changement de paradigme, cette fois concernant la lecture et l'érudition.
Écrit par DavidLeMarrec , dans Discourir, Vaste monde et gentils, Langue
Je ne vois pas très bien la pertinence de votre remarque. Les idéogrammes permettent au contraire beaucoup plus de manières de dire les choses de façon différentes. Dans notre alphabet, les lettres n'ont pas d'autres fonctions que de se rapporter à un son précis. Dans un système d'idéogramme, les signes peuvent être utilisés soit pour leur son, soit pour leur sens. Cela multiplie les possibilités de permutation. J'ai peu de familiarité avec le monde chinois mais au Japon c'est clairement le cas et on peut facilement maquiller les mots ou les remplacer par d'autres sans avoir besoin d'aide extérieure comme des points au milieu des mots.