Carnets sur sol

samedi 21 mai 2011

[inédit] Destouches - Omphale (1701) - entrée d'Alcide (acte I)

Nouvelle publication de la chaîne YouTube de Carnets sur sol

French comment : http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2006/01/22/139-omphale-de-destouches

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Oeuvre écrite dans le style galant à la mode depuis _L'Europe Galante_ de Campra (1697) : la trame dramatique est le prétexte à d'innombrables ballets.

Le livret d'Antoine Houdar de La Motte fait de l'amour d'Hercule pour Omphale l'occasion de divertissements sans grand contenu dramatique (des fêtes pour plaire à la reine).

C'était ce qui plaisait alors au public post-lullyste, concomitamment avec des pièces beaucoup plus noires à partir de _Médée_ de Charpentier (1693, année également de _Didon_ de Desmarest, très lullyste mais peu optimiste), et surtout de _Philomèle_ de La Coste et Roy (1705), qui étaient plus controversées, et néanmoins assez nombreuses sur les scènes. Voir par exemple les explications ici :
- http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2011/03/31/1691-philomele-de-louis-de-la-coste-pierre-charles-roy-le-tragique-rugueux
et là :
- http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2011/04/02/1693-lacoste-philomele-de-louis-de-la-coste-et-pierre-charles-roy-le-tragique-rugueux-ii-le-sujet-ses-ajustements-son-prologue-ovide-les-metamorphoses

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Musicalement, la qualité des récitatifs de Destouches reste assez exceptionnelle, à la fois très respectueuse de la prosodie, comme le modèle Lully, et extrêmement élancée, avec beaucoup de "poussée" mélodique vers l'avant.

Les parties vocales et orchestrales (on n'en entend pas de significatives dans cet extrait) sont elles bien plus contrapuntiques, plus encore que dans la _Callirhoé_ (1712) du même compositeur, avec des contrechants très chantants.

Et on repèrera quantité d'italianismes (au sens de l'époque), en particulier dans l'harmonie, très modulante. Typiquement, alors que nous sommes en ré majeur, la disparition de la sensible do dièse (remplacée par un do naturel qui change en un instant la tonalité en sol majeur), puis sa réapparition au sein du même phrasé, créant une instabilité harmonique assez troublante. Ecoutez par exemple les deux vers "Que ceux qui m'ont suivi se pré[parent] aux jeux / Que je [dois] offrir à la Reine". On trouve exactement la même chose dans _Hippodamie_ (1708) de Campra (versant "noir" des tragédies de l'époque).

Le livret est donc faible, mais la musique de grande qualité le rachète grandement partout où il est possible - mais elle ne peut pas non plus supprimer les inspirations malheureuses comme les répétitions plates du type "J'ai sauvé par la mort d'un monstre furieux / Tout ce que sa fureur était prête à détruire."

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J'utilise ici une édition fin XIXe dont les réalisations sont assez bien faites. Et comme illustration, l'exemplaire copié par Philidor (André Danican) en 1704... et sans les chiffrages !

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Acte I

Scène 1 : Iphis seul

Scène 2 : Iphis, Alcide et sa suite

[Ritournelle avec trompettes. Entrée d'Alcide et de sa suite.]

ALCIDE
Les rebelles soumis gémissent dans les fers ;
Mais c'est assez de maux qu'ils ont soufferts,
Rassemblez-les pour voir briser leur chaîne.
Vous, allez ; que vos soins répondent à mes voeux.
Que ceux qui m'ont suivi se préparent aux jeux
Que je dois offrir à la Reine.

Scène 3 : Iphis, Alcide

ALCIDE
Que servent les honneurs qu'on rend à mes exploits ?
Malheureux ! tout mon coeur s'ouvre au trait qui le blesse,
Mille cruels transports m'agitent à la fois :
O barbare ennemie ! implacable déesse !
Junon, tu t'applaudis du trouble où tu me vois.

IPHIS
Au sein de la victoire
Votre coeur laisse encore échapper des soupirs :
Vous ne sauriez désirer plus de gloire ;
Quel autre bien fait naître vos desirs ?

ALCIDE
Apprends, cher Prince, apprends ma faiblesse secrète :
On vante mon triomphe, et je sens ma défaite.

IPHIS
Quoi, Seigneur ?

ALCIDE
J'ai servi la Reine de ces lieux ;
J'ai puni les mutins qui troublaient son Empire ;
J'ai sauvé par la mort d'un monstre furieux
Tout ce que sa fureur était prête à détruire.
Que servent à mon coeur ces exploits glorieux ?
Il se trouble, il languit, tu l'entends qui soupire ;
L'Amour a bien servi la colère des dieux.

IPHIS
Vous aimez ! Eh ! quelle est la beauté qui vous blesse ?

ALCIDE
La Reine...

IPHIS
O Ciel !

ALCIDE
La Reine a surpris ma tendresse.
Dès le premier moment que je vis ses attraits,
Je sentis que mon coeur les aimerait sans cesse;
Je tâchai vainement d'en repousser les traits.

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Disclaimer : Amateur recording (interpretation and sound). Moreover, I am playing and singing at the same time (all roles), which is not very helpful to do this correctly. It does not pretend to be an honest version of the score : it is only made to give some idea of rare repertoire. Not to propose a reference.

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