Carnets sur sol

jeudi 2 décembre 2010

[rare] Bohuslav Martinů - Juliette ou la clef des songes - Albrecht, Paris 2002 (Cousin, Burden)

Nouvelle publication de la chaîne YouTube de Carnets sur sol

[Lost in a city in which everyone lost his memory, Michel finds again Juliette, whom he loves since his first journey. She agrees for a rendez-vous.]

This is from a beautiful strange duetto : Juliette, deceived by the souvenirs-seller, imagines she knew Michel. When he tries to make her remember their first meeting, she begins to laugh to this ridiculous man. Trying to flee from him, she finally insults Michel, who fires while she runs from him. Juliette's voice disapears.

The other citizens appear and claim for justice, with overtones of nightmare. Michel is saved by the woman who tells him to recount some story in order to make them forget what occurred.

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Very strange atmospheres, rich-coloured orchestra (airy, with frequent delicate soli and soft percussions), beautiful prosody.

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13 novembre 2002, Opéra Bastille (Paris)
Alexia Cousin : Juliette
William Burden : Michel
and also : Laurent Naouri, Alain Vernhes, etc.
Orchestre de l'Opéra National de Paris
Marc Albrecht

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French text :

MARCHAND DE SOUVENIRS, s'éloignant
Marchand de souvenirs... marchand de souvenirs

JULIETTE
Nous sommes seuls... seuls. Et maintenant, parle-moi ;
Je ferme les yeux. J'écoute.

MICHEL
Eh bien, eh bien, j'étais venu ici, ici, dans ta ville, Je crois il y a trois ans. Tu m'écoutes ?

JULIETTE
Oui.

MICHEL
J'étais tout seul dans cette ville. Le soleil brillait. Alors doucement je voulus aller vers la gare. Mais oui, vers la gare... Alors je ne sais quelle idée me fit revenir encore sur la place, et soudain, à une fenêtre... J'ai vu son visage, je restai là dans l'extase, je la trouvai si belle ! Le beau visage, c'était vous - oui.

JULIETTE
Eh bien ?

MICHEL
Alors l'amour est entré dans ma vie !

JULIETTE
Et puis ?

MICHEL
J'ai tout dit.

JULIETTE
Comment, pas autre chose ?

MICHEL
Oh, n'est-ce pas assez - n'est pas assez étange et si merveilleux ?

JULIETTE
C'est une histoire absolument stupide. Vous n'en savez pas d'autre ?

MICHEL
Vous ne croyez pas à mon histoire, c'est la vérité - la vérité ! Ferme les yeux et tâche de te souvenir, c'est le début du printemps, j'avais une veste gris et une valise en peau de crocodile.

JULIETTE
Attendez, attendez... peut-être... je me rappelle.

MICHEL
Quand je te fis un signe, je t'entendis rire.

JULIETTE
Mais oui, mais oui, c'est possible. Je vois.

MICHEL
Tu vois !

JULIETTE
Je me rappelle ! Vous étiez si ridicule ! Je me rappelle ! La maison de mes parents est pleine de crocodiles empaillés... et vous ressembliez tellement au plus horrible des crocodiles !

MICHEL
Juliette, tu ris de moi ! En effet, c'est très drôle ! Ah, ah ! Un crocodile ! Ah, ah ! Un crocodile !

JULIETTE
Quand vous dormez, vous devez avoir l'air d'un gros crocodile empaillé !

MICHEL
Je t'en prie, ne sois pas cruelle !

JULIETTE
Je ne le suis pas, mais il est tard et je dois vous quitter.

MICHEL
Me quitter, me quitter, tu rentres déjà ?

JULIETTE
Je dois rentrer !

MICHEL
Tout à l'heure, je t'en prie, je t'en prie !

JULIETTE
Je vais par là.

MICHEL
Je t'accompagne !

JULIETTE
Laissez-moi passer. Je n'ai pas d'ordres à recevoir !

MICHEL
Je te tiens !

JULIETTE
Laissez-moi ! Vous avez les pattes - gluantes !

MICHEL
Reviens ! A toi !

JULIETTE
Aaaaaaaaaaaaaaah !

MICHEL
Je n'ai pas tiré. Ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible ! Je n'ai pas tiré ! Non, c'est tellement... je n'ai pas tiré ! Je n'ai pas tiré ! Grâce, faites-moi grâce !

LES HABITANTS
Pas de grâce ! Pas de grâce !
Nous sommes tribunal... tribunal, tribunal !

LA FEMME
Racontez-leur un épisode de votre jeunesse, ou une histoire d'amour : il croient entendre le récit de leur propre vie et ils vont oublier ce qu'ils sont venus faire.

MICHEL
Merci, merci. Messieurs, je voudrais avant de mourir vous livrer mon souvenir le plus cher, puis-je parler ?

LES HABITANTS
Parlez, parlez !

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