Carnets sur sol

mercredi 26 août 2009

Jules MASSENET - Le Jongleur de Notre-Dame (Diemecke / Alagna à Montpellier, disque DG)

L'enregistrement Deutsche Grammophon est déjà un objet étrange, sur lequel est écrit en gros Roberto ALAGNA, en casse moyenne Jules MASSENET, et en tout petit le nom du chef, Enrique DIEMECKE. Au cas où un amateur égaré des rifacimenti marianesi soit attiré par un double CD dont on a bien malheureusement ôté les extraits de Fiesque de Lalo prévus. Mais peut-être Accord l'éditera-t-il en entier comme d'autres raretés montpelliéraines - j'y comptais en tout cas, mais ça ne semble pas garanti du tout.

Ce message simplement pour quelques éléments, nous écoutions cette version ce matin.

  • L'oeuvre en elle-même n'est pas majeure, une facétie un peu lourdement didactique sur des poncifs catholiques. Le langage musical, assez récitatif, et plutôt comparable au magistral Panurge qu'on serait bien inspiré d'enregistrer.
  • La version Diemecke est à éviter, extrêmement molle, avec des couleurs qui évoquent plus Siegfried Wagner ou Pfitzner apathiques que la touche légère française. Autour d'Alagna, qui brille par sa diction dans un rôle peu spectaculaire, la distribution n'est pas toujours étourdissante. De surcroît, le rôle de benêt dévot sied assez peu au caractère expansif de ce ténor-là, et là où la niaiserie très en voix de Nemorino était superlative, l'aphasie simplette de Jean paraît sensiblement moins convaincante.


Pour écouter l'oeuvre, la version de Roger Boutry reste le seul viatique : Alain Vanzo et Jules Bastin en particulier disposent toute l'exactitude expressive nécessaire, avec un orchestre aux tonalités délicieusement insouciantes. Il existe aussi, dans la même distribution, une version de Pierre Dervaux, de cinq années antérieures, mais avec l'Orchestre de la RTF au lieu de celui de l'Opéra de Montecarlo, on peut imaginer qu'on ne gagnera pas au change !
Pour le coup, les qualités de l'oeuvre apparaissent - et ses longueurs apparentes chez Diemecke se changent en contemplation badine, en divertissement de caractère, typique de la musique française, où l'on ne développe pas, mais où l'on préfère évoquer des couleurs, des climats. Comme déjà suggéré sur CSS.

En résumé : l'oeuvre n'est pas une priorité chez Massenet, et la nouvelle version plutôt à éviter, en tout cas pour découvrir l'oeuvre.

7 roulades

Ouf1er — 28 août 2009

Personnellement, jamais pu aller au bout de l'oeuvre en une seule écoute. Tout cela est d'une parfaite niaiserie, tant le livret que la musique. Massenet a tout de même été mieux inspiré en de multiples autres occasions.

DavidLeMarrec — 30 août 2009

Oui, mais étrangement ce n'est pas forcément le meilleur Massenet qui est le plus joué. On ne joue jamais Panurge, très rarement Lahore, mais des Manon comme s'il en pleuvait...

Don Quichotte, encore, ça s'explique, parce qu'il manque un grand opéra romantique sur le sujet (et très longtemps, on n'a pas connu l'adaptation très fidèle à l'esprit de l'original par Boismortier), que malgré ses faiblesses musicales, Massenet réussit l'atmosphère, et sans être totalement romantique, conserve quelques restes d'enthousiasme naïf au milieu de choses plus pittoresques qui sont plus caractéristiques de son temps et de son tempérament.

julesforever — 6 septembre 2009

Pffff !!!
Le Jongleur est un très grand Massenet, admiré d'ailleurs par Puccini : Suor Angelica est le pendant du Jongleur : aucun rôle masculin vs aucun rôle féminin.
C'est certes naïf, mais lâchez-vous et vous vous rendrez compte qu'en définitive l'oeuvre est originale, très émouvante et son écriture musicale d'une grande subtilité.
Comment juger un ouvrage dans cette nouvelle version où Alagna n'est pas à sa place tant par son "jeu" (trop héroïque) que musicalement (les aigus sont faux), les seconds rôles chantent un français déplorable et le chef reste trop attentif à la beauté du son au détriment du flux dramatique (des tempis à dormir...).
Ouvrez la partition (si vous pouvez le faire) ou écoutez Vanzo avec Dervaux malgré la date de l'enregistrement...

DavidLeMarrec — 6 septembre 2009

Enchanté, cher Pffff !

(une très belle nuance, bien que j'aie un plutôt un faible pour Fpppp)

Plus royaliste que Sa Majesté Ouf, quel plaisir, je n'eusse jamais rêvé en voir au royaume de Massenet ! Quels sont les moins bons Massenet, dans ce cas ? Nous sommes suspendus à vos doctes lèvres avec une envie non dissimulée.

Je n'avais pas connaissance de cette volonté merveilleuse de Puccini de copier le Jongleur dans Soeur Angélique. En revanche, je savais que Britten avait écrit Billly Budd sans femme en hommage à Massenet et que Lachenmann a fait un opéra sans intrigue en souvenir de ce même opus. Quelle postérité !

A présent que nous nous sommes co-instruits, je ne puis trop vous inviter, pour vous apercevoir que je ne parle pas de cette oeuvre à partir de la version Diemecke, à lire la notule à laquelle vous répondez si obligeamment (si vous pouvez le faire).

Bonne soirée !

julesforever — 7 septembre 2009

Je me suis laissé emporté je l'avoue...
Mais lisez la monographie remarquable de Michele Girardi (en partie numérisé sur Google books) quant à l'influence de Massenet sur Puccini qui n'a jamais caché son admiration pour Werther, Manon et... Le Jongleur... et d'une façon plus générale l'écriture mélodique de Massenet. On lui a d'ailleurs largement reproché en son temps...
Quant aux opéras de Massenet les moins bons... je n'aime pas trop les classements.... mais avouons que, malgré certaines pages, Le Roi de Lahore, Hérodiade, Esclarmonde, Sapho, Amadis, Panurge (!) n'ont pas l'unité et la qualité d'ensemble de Werther, Manon, Grisélidis, Thais, Ariane ou du Jongleur....
Vous y viendrez j'en suis certain....
Bonne journée !

julesforever — 7 septembre 2009

J'oubliais : Massenet peut rester un modèle pour des compositeurs d'aujourd'hui.... lisez le programme pour la dernière production de Werther à l'Opéra de Paris... et notamment les remarques de Philippe Boesmans

DavidLeMarrec — 8 septembre 2009

Bonjour Jules,

Je n'aime pas non plus les classements... mais ça permet de voir que nous n'avons manifestement pas du tout les mêmes attentes ni les mêmes priorités : le Roi de Lahore et Panurge sont peut-être bien (avec Werther bien entendu) les Massenet qui m'ont paru les plus inspirés... Tandis que je range précisément Manon (et plus encore le Jongleur) du côté des ouvrages plus faibles. Il faut dire que la qualité de ces livrets pose vraiment problème à un compositeur, surtout que Massenet est capable de changer radicalement de style, plus qu'aucun autre, en changeant de sujet. C'est peut-être celui chez qui cette virtuosité est la plus vertigineuse.

Je ne fais de toute façon pas partie de ceux qui considèrent Massenet comme le sommet de la gnangantefaçon ; même s'il y a chez lui cet aspect à la fois très dépouillé et un peu sucré ou kitsch, c'est très souvent avec une grande inspiration dramatique. Même certains ouvrages musicalement un peu pauvres comme Don Quichotte finissent, dans leur ensemble, par emporter l'adhésion par leur mouvement.

Ces qualités ne me paraissent pas à leur mieux, vraiment, dans le Jongleur... Je serais ravi de changer d'avis cela dit.

Bonne journée !

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