Carnets sur sol

vendredi 10 juillet 2009

Carmen révélée - IV - ... à l'opéra de Bizet (c, la cousine d'Alcalá)


Rappels :


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Acte II, scène 4 (suite)
La conversation des contrebandiers vient sur José.


Carmen de Bizet ; Acte II, scène 4.
A Milan en 1955, Herbert von Karajan retient, en coupant comme il est de coutume dans les dialogues (hélas) - néanmoins raisonnablement -, la leçon d'« Alcalá » pour la chanson hors scène et a cappella du dragon.
A l'époque où la tradition de la langue originale commence à peine à émerger, à commencer avec des chefs rigoureux comme Karajan (traité de cinglé par Toscanini pour avoir joué Pelléas et Mélisande à Turin en français), on peut à bon droit louer la qualité, la définition et la clarté de la prononciation de Giulietta Simionato et de Giuseppe Di Stefano, pourtant rompus à de tout autres exercices, et guère formés pour cela à l'origine.
Version très vivante et savoureuse (avec Michel Roux en Escamillo-Lucas). Disponible pour trois francs six sous chez Walhall.


CARMEN.
Partez sans moi… j'irai vous rejoindre demain… mais, pour ce soir, je reste…

FRASQUITA.
Je ne t'ai jamais vue comme cela… Qui attends-tu, donc ?…

CARMEN.
Un pauvre diable de soldat qui m'a rendu service…

MERCÉDÈS.
Ce soldat qui était en prison ?

CARMEN.
Oui.

FRASQUITA.
Et à qui, il y a quinze jours, le geôlier a remis de ta part un pain dans lequel il y avait une pièce d'or et une lime ?…

CARMEN, remontant vers la fenêtre.
Oui.

LE DANCAÏRE.
Il s'en est servi, de cette lime ?…

CARMEN, remontant vers la fenêtre.
Non.

LE DANCAÏRE.
Tu vois bien ! ton soldat aura eu peur d'être puni plus rudement qu'il ne l'avait été ; ce soir encore il aura peur… tu auras beau entr'ouvrir les volets et regarder s'il vient, je parierais qu'il ne viendra pas.

CARMEN.
Ne parie pas, tu perdrais…

(On entend dans le lointain la voix de don José.)

JOSÉ (la voix très éloignée).
Halte-là !
Qui va là ?
– Dragon d'Almanza !
– Où t'en vas-tu par là,
Dragon d'Almanza ?
– Moi, je m'en vais faire
À mon adversaire
Mordre la poussière.
– S'il en est ainsi,
Passez, mon ami :
Affaire d'honneur,
Affaire de cœur,
Pour nous tout est là,
Dragons d'Almanza !

(Pendant qu'il chante, Carmen, le Dancaïre, le Remendado, Mercédès et Frasquita, par les volets entr'ouverts, regardent venir José.)

La version de la nouvelle est plus embrouillée, tout simplement parce que le romanesque se nourrit de péripéties et d'embarrassements sinueux là où le théâtre réclame des lignes de force sûres et une clarté des actions. On a donc suivi, chez Mérimée, don José en prison, qui se délecte, dans les mêmes termes que dans son air célébrissime, du parfum de la fleur jetée.

Et puis, malgré moi, je sentais la fleur de cassie qu'elle m'avait jetée, et qui, sèche, gardait toujours sa bonne odeur...

Pour les besoins de l'opéra, il le raconte à Carmen.

Mérimée présente lui aussi l'épisode du pain contenant des pièces et une lime. Il lui est envoyé par une cousine inconnue d'Alcalá - de nombreuses localités espagnoles portent ce nom, mais aucune n'est basque. Dans la chanson du dragon, on remplace très souvent Almanza par Alcalá, ce qui renforce la connivence avec Mérimée - et Carmen. [Dans la Première Suite tirée de l'oeuvre, la très jolie séquence correspondante est d'ailleurs nommée Les Dragons d'Alcalá.]
José refuse de faire usage de ces moyens par loyauté, et refuse également de dépenser l'argent d'une femme. Tout un épisode assez révélateur de la psychologie de Carmen en découle : on la voit tout dépenser en un instant pour leurs retrouvailles. C'est notamment à ce moment que le manzanilla est acheté - il ne provient pas de Lillas Pastia, mais de leurs emplettes communes.

Le caractère éphémère de toutes les émotions très intenses de la bohémienne se prolonge dans la scène du 'ballet privé'.

Que nous observerons la prochaine fois.

Entre Mérimée et Meilhac & Halévy, elle fait profondément différer la relation établie entre les deux personnages, et jusqu'au caractère de Carmen.

-- ++Acte II, scène 5++ Carmen José et se retrou Il manque la retraite, mais elle le répudie car trop différent e que cela ne pourrait aller ; cela dit, s'il épouse la vie qu'elle lui propose... Immense liberté, casse l'assiette pour l'éphémère castagnette : prend ce dont elle a besoin au moment ù elle en a besoin, sans souci du lendemain, dans le perpétuel usage de la vie présente. §§§§Pas le défi éoïste de l'opéra, mais plutôt une façon d'appeler la vie, et que l'esclavage militaire ne lui paraît pas concevable. Tractation ombrageuses : Carmen refuse ce qu'elle promet, et donne lorsqu'on ne l'attend pas. Elle avait tout simplement changé de fantaisie, et pas déception plus que ça, en fait, lorsqu'elle ramène le lieutenant. On comprimé la contrebande chez Pastia dans l'opéra, mais c'est la même chose. Considération grâce au statut de meurtrier. Devient contrebandier et tant que s'attache sa mtresse, lui convient. Un mari qu'elle cherche à faire évader (elle a effrontément menti), et cela ne l'empêche pas, au demeurant, de demeurer en compagnie de Don José. « Pendant ce temps-là, l'ennemi nous canardait, c'était la première fois que j'entendais siffler les balles, et cela ne me fit pas grand-chose. Quand on est en vue d'une femme, il n'y a pas de mérite à se moquer de la mort. » Le Remendado qu'il veut sauver est achevé et défiguré par ses compagnons pour ne pas qu'on retrouve leur trace... Vie très éphémère et pratique... Et voilà pourquoi précision de la présentation : « un joli garçon d'Ecija, qui s'appelait le Remendado ». « Tu les diable », mais présenté comme une formule, sans fantastique. Exemple d' « histoire tragique ». §§§§José-Maria, lui, en miroir, avec maîtresse dévouée et beaucoup de cynisme... mais c'est José qui est inversé, en réalité. Comment charge d'oranges et de melons ? La contrebande doit bien gagner pour utiliser de tels alibis ; il est vrai que doit pouvoir les vendre. COntrairement à l'opéran, Carmen n'a jamais essayé de rester contre l'avis des conrebandiers. Guet-appens contre un officier, mais José déjà la menace. Elle lui propose de laisser tuer « son rom » (pourquoi l'avoir délivré !). Lui, préfère le duel. Mystères de l'idtfction : on oublie que Don José parlant, il ne peut avoir gravement perdu. S'explique rondement au Dancaïre. «Au diable les amourettes! s'écria-t-il. Si tu lui avais demandé Carmen, il te l'aurait vendue pour une piastre. » La reconquit par le danger. Et au mot qu'elle est veuve, dit qu'a mal joué... Un temps où elle quittait tout sur un mot. « Je ne veux pas être tourmentée, ni surtout commandée. Ce que je veux, c'est être libre et faire ce qui me plaît. » Escamillo (Lucas) perd face au taureau, sans doute trop fasciné par Carmen. C'est le fait de l'avoir battu pour protéger l'ami qui l'a perdu. Mérimée, en lui offrant des cigares, l'a peut-être fait pendre. Lui dit clairement que c'est par elle, et de même, pathétique, la supplie ; pas le violent de l'opéra, plutôt un éduqué, un niais poussé à bout. Elle se livre clairement à la mrt : pas dans le sens du dernier bluff, mais vraiment lui reconnaît le droit. Lui bluffe en revanche, et se trouve obligé d'en finir. Accuse le mode de vie des bohémiens de l'avoir faite ainsi. Va se dénoncer.

4 roulades

Guillaume — 29 juillet 2009

C'est une découverte cette version. Ca a l'air génial, surtout que je suis un groupie de di Stefano. Je l'ai mis sur ma liste d'achats prochains.

DavidLeMarrec — 30 juillet 2009

Dans ce cas, ce doit être son seul témoignage en français au disque, à peu de chose près (je me demande s'il n'y a pas l'air de Werther quelque part).

Extait pas très significatif, mais j'ai essayé de varier les versions précisément pour permettre ce type de découverte. :-)

Guillaume — 1 août 2009

C'est vraiment 1955 ? Parce que à Milan, la même année, on a des prises de sons mille fois moins bien dans les témoignages avec Callas...
Pourquoi une telle différence ?

DavidLeMarrec — 1 août 2009

C'est que ça dépend si c'est pris pour la radio (sources Walhall), pour les archives du théâtre ou encore sur les genoux...

C'est pareil aujourd'hui, j'ai des témoignages à peine audibles et d'autres qui ronflent majestueusement avec de la réverbération ajoutée...

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