Clairvoyance d'outre-Manche
On connaissait déjà le goût aventureux des compositeurs anglais pour les formes nouvelles et les langages audacieux [1], voilà à présent des récriminations sur la musique contemporaine chez l'excellent Guardian.
Mais il faut dire que l'illustration est admirablement choisie pour exprimer l'ennui d'une représentation d'opéra de compositeur vivant. Glassant.
Habile : de ce fait, nous abondons malgré nous.
Par ailleurs, les réserves, bien connues, sont toujours intéressantes à intégrer. Nous avions, en notre temps, formulé les nôtres (sur les difficultés malheureusement structurelles de l'application d'un langage contemporain à l'opéra).
Patrick Loiseleur propose lui aussi régulièrement des interrogations, en toute honnêteté, sur l'état de la création musicale. Nous sommes souvent en petit décalage sur ces sujets, mais la façon d'en discuter est toujours agréable et fructueuse.
Et pour découvrir, à l'opposé des récriminations théoriques de toutes sortes, Musicareaction propose des activités tout à fait utiles et instructives.
Source de l'article du Guardian : merci à Stanlea.Notes
[1] Pour les jeunes gens ayant fraîchement passé le bac de français qui lisent ces pages, ce sera l'occasion de réviser les figures de l'ironie tout en échappant à Voltaire.
Écrit par DavidLeMarrec , dans Vaste monde et gentils
En fait Joe Queenan pose un problème mais il donne la réponse au sein même de son article ! pour ma part, il me semble évident depuis longtemps que la vraie vitalité musicale savante se trouve actuellement au cinéma (enfin "se trouvait" car l'âge d'or de la musique de film - pour moi en tout cas - réside toujours dans la période 60-70s, période où les réalisateurs étaient bien moins frileux qu'aujourd'hui) et non plus dans les salles de concert. Cependant je serais moins pessimiste que lui. A la suite de géants comme Scelsi (qui écrivait une musique aussi immense que celle de Wagner pour moi) ou Xenakis, des Kurtag, Eotvos (parfois...) ou Levinas écrivent aujourd'hui une musique dont les meilleurs moments n'ont rien à envier à leurs aînés. Faut juste se dire que de toute façon, on ne pourra plus écrire du Bach ou du Haydn de nos jours (y compris dans l'esprit), et ce même avec un langage tonal.
C'est pour ça que la meilleure musique de film (malgré ses défauts, ses limitations, ses collages, facilités ou plagiats, bref, tout ce qu'on peut lui reprocher...) me parait bien plus "vivante" et "contemporaine" que la musique "d'éprouvette" tendance l'IRCAM tout simplement parce qu'elle prend paradoxalement plus de risques en osant de vrais métissages esthétiques (qui ont toujours été plus ou moins nécessaires pour aller plus loin dans l'aventure musicale) que le compositeur "scolastique" ou trop "aristocratique" (car trop engoncé dans ce qu'il croit être le "bon goût savant") se refuse toujours à prendre.