Carnets sur sol

mardi 11 mars 2008

Musique libre de droits - XXXVI - Airs pour théorbe & voix : le lied à l'ancienne

Un récital idéalement intimiste, sans les effectifs généreux des "restituteurs à l'ancienne" aux couleurs souvent splendides et ostentatoires - et régulièrement de premier intérêt, comme la poésie sonore de Dumestre ou le folklore réinventé de Pluhar. Ici, à l'essentiel.

Caccini, Mazzochi, Lully et Purcell pour la partie vocale. Kapsberger et Hotman pour la partie instrumentale.

Ci-dessus, Johannette Zomer, spécialiste de ce répertoire lyrique "primitif" (La Rappresentazione d'Anima e di Corpo de Cavalieri et Homo fugit velut umbra de Landi avec Pluhar et l'Arpeggiata, nombreuses cantates de Bach avec Koopman...). Les Mazzocchi et Kapsberger (février 2003), Caccini (mai 2005) et des airs français (octobre 2007, Channel Classics) ont paru avec les deux protagonistes de cette soirée.
Le disque Caccini (chant) / Piccinni (théorbe) paraît tout particulièrement appétissant. A noter également, un disque Schubert avec l'incontournable pianofortiste Arthur Schoonderwoerd, qui accompagnait déjà divinement Jérôme Corréas dans ses Berlioz, également chez Alpha.




Tout d'abord, le timbre ineffable du théorbe, aux sonorités nobles comme le luth, mais plus rondes et familières, évoquant par moment la guitare. Le jeu de Fred Jacobs se montre extrêmement séquencé, n'hésitant pas à effectuer des respirations (musicales) entre chaque accord ; et le résultat en est heureux - même si, parfois, la rondeur de son instrument le rend par trop timide. Le son, très homogène, les ornementations effleurées, la simplicité affable du jeu, tout cela séduit.




Johannette Zomer, soprano qui échappe à l'aspect aseptisé de bien des voix trop pures et lisses dans ce type de répertoire, propose de façon très avisée une récitation d'extraits des textes avant chaque groupe linguistique, laissant ensuite la musique ne s'épanouir que mieux. Le choix de la prononciation restituée s'impose pour la partie française - avec une aisance bien supérieure à son français standard, malgré des choix comme toujours dans ces cas discutables sur le plan de l'histoire phonétique, et malgré quelques petites erreurs de prononciation isolées (mémoire, sans doute).
Le plus beau groupe se trouve chez les Italiens qui initient le récital. D'une voix bien tranchante et distincte, pourvue d'une légère nasalité qui en accentue le beau caractère, Johannette Zomer nous gratifie de « a » un peu trop ouverts - délicieux. Avec simplicité et non sans éloquence, ces pièces sans gravité réelle se révèlent via cette voix fortement personnelle. Un moment de grâce.




Le plaisir trop rare d'une intimité avec des textes, sans apparat instrumental, une fusion texte-musique dans son plus simple équipage.

A en croire certains bruits reconnaissables, les textes chantés étaient distribués à la salle, on félicite les organisateurs. (CSS se réjouit de constater que les récitals de lieder comment à être progressivement surtitrés un peu partout - au moins pour les piliers du répertoire, ce qui touche un maximum de néophytes.)




Ce concert donné le dimanche 1er avril 2007 aux Pays-Bas peut être écouté gratuitement et légalement en flux (streaming).

Un type de configuration trop peu pratiqué, au concert comme au disque, malheureusement. CSS ne vous l'offre donc que plus volontiers.

10 mars 2008 15 08 01

6 roulades

Morloch — 12 mars 2008

Oh ! Merci !

Enfin de la musique avec un accompagnement digne de ce nom :)

Cela paraît splendide en effet.

Vartan — 12 mars 2008

Décidément ce Caccini a le vent en poupe ces derniers temps.
Elle est superbe oui ta néerlandaise dans l'italien, même si quelques "o" également sont trop ouverts, mais elle précise et amoureuse quand elle chante. Moins convaincante ailleurs et surtout en français je trouve. Bel accompagnement. Merci. ;-)

Le lied de Schubert accompagné au théorbe ça s'est déjà fait ?

DavidLeMarrec — 12 mars 2008

J'espérais bien vous faire plaisir à tous deux, en effet !

Schubert existe avec le piano remplacé par la guitare, mais c'est tout. Tu peux avoir une idée de ce qui peut se faire de plus loufoque ici.

J'aime énormément les "a" trop ouverts en italien, en fait - que ce soit pour Di Stefano (pour ceux qui ont le Ballo in Maschera de Verdi version Votto dans l'oreille, on l'entend parfaitement lors de l'arrivée de Renato au II : Ah ! Non m'inganno... Renato !) ou pour Della Jones (on rencontre ces 'apertures' chez plusieurs américaines, et chez elle c'est particulièrement renversant). Les allemandes (car cela fonctionne surtout chez les dames) le font avec généralement un peu moins de grâce - et un peu plus de nez.


Le seul problème pour ce genre d'effectif, c'est qu'il ne faut pas une voix trop grave ou trop puissante. Sans quoi on couvre totalement l'accompagnement, ce qui est déjà plus difficile avec un piano grand ouvert.

Morloch — 12 mars 2008

L'Infââââme :
le piano remplacé par la guitare, mais c'est tout



c'est tout ? Grmblgrrrgrmblgrr

Le Lutin Renégat :
loufoque



loufoque... Argrgrgrgrrrrr grmf pfff screugneugneu


Vartan — 12 mars 2008

Ne pleure pas mon Morloch, tu sais qu'il y en a qui ne jurent que par l'harmonium.

DavidLeMarrec — 12 mars 2008

(Harmonium qui en passant est une belle saleté à jouer - vraiment peu de possibilités. Ni toucher du piano, ni pédalier de l'orgue, ni détachés et clarté du clavecin, ni même beauté de timbre...)

D'ailleurs, la Meunière à la guitare, c'est vraiment charmant. Il existe, parmi un petit nombre d'autres, une belle version avec Schreier.

Mais de là à suggérer qu'on gagne ainsi en profondeur... Non, une sérénade badine - et j'aime beaucoup aussi ma Meunière ainsi, avec ses formes assez strictement strophiques, ça se marie fort bien.

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