Tristan vu par Bill Viola
Extraits vidéos ci-après.
La mise en scène de Peter Sellars à Paris en 2005 avait fait grand bruit, tant par la qualité des interprètes rassemblés que par la vision très attendue du metteur en scène.
On a pu vérifier, à la radio, une lecture lente et glaçante de Salonen, très différente de la chaleur ravageuse qui parcourt habituellement ces pages. Waltraud Meier et Ben Heppner avaient ébloui tout le monde. Même si la première, peut-être handicapée par le volume sonore paraît-il conséquent de Salonen, y était moins rayonnante qu'en 2000 à Vienne ou en 2007 à Milan, même si le second reste avant toute chose un chanteur, la soirée était à tel niveau que chacun en était revenu enchanté - qui pourrait résister à une musique si riche et généreuse, servie à ce niveau, surtout avec l'impact physique en salle ?
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La mise en scène, elle, avait été le prétexte de petites controverses chez les aficionados. La plupart dithyrambiques, et quelques-uns réservés ou agacés, peut-être tout simplement aiguillonnés par la démesure apparente du triomphe - le décalage entre l'intensité, l'unanimité des éloges et le spectacle vu, fût-il excellent.
Chacun aurait souhaité se faire un avis de cette production dont les amateurs ont abondamment causé six mois durant (et encore, en ne comptant pas la période d'attente de neuf mois qui a précédé...).
Seulement, la vidéo de Bill Viola qui accompagnait traditionnellement le travail de Sellars [1] avait été vendue à un musée avant les représentations, ce qui rendait toute parution en DVD impossible - affaire de droits.
Le malheureux provincial devait donc en rester dans l'ignorance.
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Bienheureusement, la radio publique américaine a obtenu l'autorisation d'en publier deux courts extraits qui en donnent un aperçu. En voici les liens directs.
(Se lit avec Real Player.)
Ce ne sont pas les représentations de Paris (encore une affaire de droits...) qui servent de fond sonore, mais, si nos oreilles pointues ne nous trompent pas :
- Ramón Vinay (Karajan 52, Jochum 53 ou Leitner 59) ;
- Jessye Norman (extrait par Karajan et le le Philharmonique de Berlin).
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En réalité, à la vue de ces extraits, sans qu'on puisse en juger sur leur pertinence profonde dans le rapport qu'ils entretenaient avec la scène, on remarque en effet que les bruits qui ont couru étaient fondés.
D'une part, oui, beaucoup de naïveté un peu agaçante, un peu fade. De l'image qui se veut symbolique - et donc schématique. Un mélange entre merveilleux façon fantasy et éléments quotidiens.
D'autre part, une rythmique très concordante avec la musique, et surtout un caractère assez lisse et modeste de l'image, qui ne semble en rien intrusive. De ce fait, ce support favorise plus la concentration sur la musique qu'il ne divertirait le regard et la pensée.
Au vu de ces quelques instants, en fin de compte, si le propos n'est pas nécessairement passionnant, il reste profondément respectueux des exigences de l'opéra, ce qui est déjà beaucoup. Reste à savoir la façon dont cela été projeté, et par rapport à quelle mise en scène.

Car, à l'exception de cette photographie devenue célébrissime, on n'en connaît guère l'aspect.
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C'était la contribution de Carnets sur sol à l'édification des malheureux provinciaux privés de la vue.
Richard Wagner, Tristan und Isolde. Mise en scène de Peter Sellars, vidéo de Bill Viola. Paris 2005.
Notes
[1] Procédé de double représentation considéré comme une révolution pour le Saint-François d'Assise de Messiaen, au point que la nouvelle mise en scène à l'Opéra de Paris, paraît-il tout à fait valable, a été considérée comme superflue, et assez tièdement reçue.
Écrit par DavidLeMarrec , dans Carnet d'écoutes, L'horrible Richard Wagner
Bonjour David
Je crois qu'il ne faut pas minorer la rendu purement plastique de ces images, magnifiées par un projecteur d'une technologie nouvelle permettant un rendu de couleurs et de détails inoui. C'était d'une rare beauté, digne d'une toile de maître.
Effectivement, outre le caractère peu original ou naïf de certaines images, on pouvait aussi regretter le caractère figé du dispositif, surtout à l'heure où la vidéo peut être utilisée de manière plus "ludique" qu'un écran en fond de scène. Je pense par exemple à la Damnation de Faust par Robert Lepage ou le Tristan d'Olivier Py à Genève.
Mais je crois que c'est réfléchir à travers un concept de mise en scène que nous connaissons et qui n'est pas à proprement parler celui de Viola-Sellars. Le "Tristan projet" (tout est dans le titre d'ailleurs) de Viola-Sellars a, à mon avis introduit une nouveauté scénique, ni décorative ni psychologique, une sorte de troisième dimension. Le résultat n'était d'ailleurs ni un opéra mis en scène ni une version de concert, bref une troisième voie... J'imagine que le dispositif était d'ailleurs plus convaincant dans le (magnifique) Walt Disney Concert Hall qu'à l'opéra Bastille. C'est aussi une des raisons pour laquelle une captation vidéo est inenvisageable.
Tu as bien raison d'insister sur le rythme de la chose, qui avait un réel rapport avec la musique, ainsi que sur la concentration induite par le dispositif.
Il y avait de toute manière quelque chose de très impactant, c'était une véritable expérience, qui ne cédait rien à l'aspect musical de l'oeuvre, une forme de réflexion sur ce que peut être l'oeuvre d'art total aujourd'hui...
Trois ans après, j'avoue que je ne peux pas écouter Tristan sans avoir des images de Viola qui surgissent...