Carnets sur sol

lundi 9 juillet 2007

Longueurs

Ce soir, diffusion du récital Prina/Dantone/Vivaldi. Sonia Prina toujours avec cet aplomb formidable, cette présence véritablement magnétique, avec cette voix enflée qui donne en scène une idée du type de sensations que pouvait fournir une voix comme Callas.[1]
Et une très belle réalisation, avec cette vocalisation effleurée, toujours sur le fil.

Mais nous avions surtout la participation en guest star du d'Olivier Bernager. Qui nous a proposé un complément judicieux :

Notes

[1] On signale tout de suite que cette comparaison porte sur l'hypothèse d'un ordre d'idée de l'impact physique de la voix, et n'est en rien une comparaison du type de voix, des moyens, du volume...


: le premier acte de Tito Manlio du même Vivaldi, dirigé par le même Dantone. Mais, durée oblige, il a fallu ne pas tout conserver. Et le producteur de nous annoncer que ce n'est pas bien grave, car il y a là quelques longueurs.
Pourquoi pas, vu que le temps presse ; un opera seria de ce type, sur la durée, a forcément cet aspect ronronnant, avec cette alternance systématique, ces longues expositions de voix seules, cette harmonie rudimentaire. On avait déjà réfléchi au problème de la méthodologie de l'écoute.




Le problème tient en réalité à la définition des longueurs par Olivier Bernager. Nous, on appelle ça des récitatifs.
Car c'est bien de cela qu'il s'agit : les récitatifs ont purement et simplement été retirés !

Il est vrai que ceux de la Verità in Cimento et, dans une moindre mesure, de Farnace sont d'une assez grande platitude, et d'une grande vacuité musicale. Mais ceux de Tito Manlio sont bien plutôt à rapprocher de Motezuma, sans en atteindre nécessairement les sommets. Vivants, mobiles, efficaces.

A quoi sert-il donc de disposer d'interprètes, d'une prise de son aussi attentifs à l'intelligibilité ?




Vraiment, l'équivalence récitatifs/longueurs nous a fait sourire en même temps qu'elle nous surprenait - on croyait ce poncif disparu, et surtout difficile à soutenir avec un continuo du type Curtis ou Dantone.

10 juillet 07 ; 02 57 01

4 roulades

licida — 10 juillet 2007

Quel crétin ce Bernager! Il a le plus formidable disque de l'édition Naïve par les meilleurs interpretes de cette musique qui savent animer un récitatif et il trouve ça long! Alors que dans Tito Manlio ce sont plutot les airs que l'on pourrait trouver long (ce n'est pas mon cas, mais je le conçois) car ils sont souvent concertants et versent parfois dans la litanie extasiée qui ralentit le drame.

Mais tant que Dantone ne jouira pas de la célébrité de Spinosi, je crains que nos amis journalistes ne seront pas prêt à reconnaitre ses qualités d'homme de théatre en même temps que celles de chef.

Pour le cas Curtis, je précise juste en passant que son Motezuma est une (remarquable!!) exception, et ce ne sont pas ses disques de Handel qui me contrediront :-/

NB: je m'aperçois que c'est la première fois que je poste ici, la Sonia a donc aussi la vertu de ne me faire quitter mes indecrottables habitudes contractées lors que je ne connaissais personne sur le net et jouais les timides! :o) Coucou David!

DavidLeMarrec — 10 juillet 2007

Bonsoir Licida !

C'est un plaisir de t'accueillir ici, d'autant plus que le temps me fait assez défaut pour aller butiner chez les voisins. <]:oD


Il a le plus formidable disque de l'édition Naïve par les meilleurs interpretes de cette musique qui savent animer un récitatif et il trouve ça long! Alors que dans Tito Manlio ce sont plutot les airs que l'on pourrait trouver long (ce n'est pas mon cas, mais je le conçois) car ils sont souvent concertants et versent parfois dans la litanie extasiée qui ralentit le drame.

Les airs sont beaux dans Manlio, mais enchaînés comme ceci, surtout les récitatifs sont bons, c'est un peu triste. (Et inécoutable à moyen terme pour moi. Je l'ai déjà dit, j'ai plutôt tendance à n'écouter que les récitatifs dans le seria, à choisir. )


Mais tant que Dantone ne jouira pas de la célébrité de Spinosi, je crains que nos amis journalistes ne seront pas prêt à reconnaitre ses qualités d'homme de théatre en même temps que celles de chef.

Le problème d'Olivier Bernager est hélas plus profond. Lorsqu'il arrive à raconter que Figaro va être obligé d'épouser Barberine, sans parler de l'inénarrable présentation de Boccanegra où il découvrait à vue le système d'élection du doge à propos duquel il ne parvenait pas à déceler si les boules blanches étaient de signification favorable ou défavorable... Je ne l'ai quasiment jamais entendu ne pas se prendre les pieds dans le tapis de la façon la plus évidente, et hier, c'était plutôt correctement documenté.
Ce qui est triste est à quel point cela sent l'impréparation, mais il a toujours le mérite de ne pas se limiter à la lecture du Vignal comme bien d'autres... Au prix d'une improvisation au bonheur, disons, inégal.


Pour le cas Curtis, je précise juste en passant que son Motezuma est une (remarquable!!) exception, et ce ne sont pas ses disques de Handel qui me contrediront :-/

Je ne pense pas l'avoir entendu dans Haendel, mais son Giustino, toujours chez Vivaldi, est bien mieux qu'honnête !
Vous avez la dent dure, vous autres, vous êtes habitués au grand luxe...

Mais ça ira, j'ai eu ma piqûre d'affreux quatuors classico-romantiques, je suis dans de bonnes dispositions pendant deux ans pour affronter la lecture de vos orgies lyriques nordiques. ;)

Morloch — 12 juillet 2007

J'ai découvert Curtis il y a peu et j'ai été agréablement surpris après en avoir lu pis que pendre. Le Motezuma est une grande réussite, de même que l'Arminio de Haendel (en plus il y a Vivica ! ) qui est rendu vivant et dynamique, mais semble t'il avec des coupes dans le livret, pourtant bien compliqué avec ses intrigues croisées. Les coupes n'aident pas à la compréhension, on ne peut pas dire. La démarche qui vise à oublier que ces opéras sont du théatre chanté m'échappe. Quand on suit une représentation en intégrale, c'est bien pendant les récitatifs que l'action se déroule, alors que les arias reprennent trois couplets illustratifs en boucle (de la à dire que seuls les récitatifs sont intéressants, c'est une exagération que je laissera le tenancier de ceans tenir seul et sous sa responsabilité ).

De même, Curtis dit sans plus de précisions dans un entretien reproduit dans le booklet de Motezuma que l'opéra est meilleur avec des coupes, sans plus de précisions. Ca m'a étonné, d'autant que j'avais justement l'impression que tous les élements retrouvés de cet opéra avaient été enregistrés sur ce disque.

La démarche consistant à s'enthousiasmer de le redécouverte d'un opéra puis de vanter son amputation m'échappe. Mais enfin ces deux disques sont des réussites.

DavidLeMarrec — 12 juillet 2007

Mais le tenancier de céans dit que les récitatifs sont les plus intéressants surtout pour la musique !

Oui, les paradoxes idéologiques des redécouvreurs au sécateur laissent perplexe. Il y a peut-être tout simplement une affaire de finition et de répétitions là-derrière.

Je renvoie sur le sujet à une précédente discussion autour d'Hervé, guest-star de l'Amicale Charcutière de Baroqueland.

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