Question métaphysique - le tutoiement dans les carnets
Ayant fréquenté Usenet et certains forums auparavant, j'ai été très surpris de constater que les carnetistes se vouvoyaient spontanément. C'est un usage qui est tout à fait conforme à la Netiquette, mais qui était en théorie marginal - on avait le droit de vouvoyer plus qu'on n'était censé le faire.
Ce billet est donc dédié à la première victime de mon étonnement.
J'avance quelques hypothèses :
- La forme blogue, qui veut former (et qui forme, à mon grand étonnement) une communauté malgré la diversité de ses contenus et le seul point commun de l'outil technique, a fédéré des publics qui ne faisaient pas nécessairement usage de Usenet, des forums, voire de la communication sur Internet[1]. Ainsi, chez les skyblogueurs, on se tutoiera, et dans la blogeoisie, on se vouvoira.
- La mise à disposition des commentaires (un des aspects les plus formidables de l'outil) permet à d'anciens lecteurs de communiquer avec les animateurs des sites - ces lecteurs ignorent peut-être les codes, ou pratiquent une certaine déférence vis-à-vis de l'hôte.
- Les carnets que je lis sont ceux de terrifiants blogeois, aussi leurs lecteurs ne leur adressent-ils que des vouvoiements respectueux, lorsque ce n'est pas de la troisième personne, pour bien signifier le fossé qui sépare le maître de ses admirateurs.
Tout cela ne m'explique cependant pas ce vouvoiement généralisé. Pour ne pas agresser la personne chez qui on se rend ? Puisqu'en effet, le carnet n'est plus tant fondé sur l'unité de contenu que sur l'unité de personne.
Je trouve ces questions de support assez passionnantes. Aussi, je serais intéressé de recevoir vos lumières sur le sujet.
Notes
[1] Le courriel est naturellement exclu de ce raisonnement, il s'agit d'une forme d'échange individuelle qui utilise une connexion Internet, et pas exactement l'interface du réseau en tant que telle.
Écrit par DavidLeMarrec , dans Langue
Sur Usenet, il y a un (faux) principe d'égalitarisme entre les participants à un newsgroup (alors qu'il y a bien des newbies et des gurus...), qui se traduit par du tutoiement.
Si je vouvoie, c'est d'abord par respect, et pour bien marquer la dissymétrie des rôles, entre le lecteur que je suis, qui ne fait que s'inviter, presque sur la pointe des pieds, sur le territoire clairement marqué par son propriétaire. Si ce dernier affiche pleinement sa volonté que tout le monde se mette à l'aise (style des billets, décoration du site, ambiance des commentaires déjà présents), alors je vais m'adapter. Mais si j'arrive sur un site au contenu savant, à la présentation "sérieuse", et aux commentaires rares, alors je préfère vouvoyer, par déférence.
Dans son nouveau blog, VS ( http://vehesse.free.fr/dotclear/index.php?2006/05/29/10-lire-ecrire-bloguer-etc ) dresse une typologie des blogues :
< début de citation >
- les exhibitionnistes, qui se dévoilent parce qu'ils aiment se montrer;
- les professoraux, qui font des exposés magistraux sur des sujets qu'ils aiment (parfois qu'ils n'aiment pas, mais ne compliquons pas) et qui souhaitent faire partager leur passion;
- les amicaux, qui souhaitent partager leurs histoires, leur solitude, leurs éclats de rire, ceux qui attendent un peu de chaleur humaine et de communion.
< fin de citation >
J'ai plus tendance à vouvoyer les auteurs de blogues professoraux, que ceux des blogues amicaux. Cette différence est à mon avis plus pertinente que la skyblogie/blogeoisie.
Intervient aussi la notion de fréquentation et assiduité. Maintenant que je fréquente ce blogue depuis assez longtemps, je peux te tutoyer. C'est vrai à partir de quelques commentaires, si je me sens "accepté". Si j'interviens dans un blogue littéraire (pas vraiment ma partie), la première fois je vouvoie, et si j'ai l'impression que mon intervention a été jugée constructive, je peux réitérer, puis éventuellement tutoyer.
Voilà, juste quelques pensées en passant.