Le Winterreise - interprétations insolites
Voici un petit récapitulatif des versions étonnantes - ou terrifiantes - du Winterreise.
Attachez vos ceintures, les enfants, et bienvenue chez les fous. Autant prévenir, c'est du violent (ces éditeurs sont complètement timbrés, comme vous l'allez voir).
Je gage que ça amusera quelques-uns des lecteurs réguliers de ce carnet...
Nombre
J'ai pu dénombrer douze versions distinctes de DFD. Mes favorites sont Moore I (celle dont il existe des extraits vidéo) et surtout Moore II (celle avant Demus). Perahia, avec d'autres moyens, est intéressant.
Brendel et Barenboim m'agacent grandement. Klust, la première, est amusante (malgré le piano affreux), parce que chantée dans la tonalité d'origine, si je ne m'abuse ! Voilà pour les plus marquantes.
Voix de femme
- Lotte Lehmann, bien sûr. Avec Paul Ulanowsky (bof). Enregistré de 1940 à 1941, pour une durée de 71'02''. Elle n'est pas à son meilleur dans ces pages, on peut mieux habiter. Néanmoins, c'est dans le domaine public et téléchargeable ici : http://www.lottelehmann.org/llf/lehmann/sings/ .
- Margaret Price, qui a fait par ailleurs de très beaux disques de lieder (Liederkreis sur Eichendorff de référence, disque Schubert chez Hyperion de toute beauté), est à éviter ici. Ca s'éfiloche de tous côtés, et ça crie beaucoup. J'ai une date de 1997. Ca correspond chez vous ? :shock: 73'00'' pour la durée.
- Brigitte Fassbaender chante cela de façon assez expressionniste, loin de la plénitude de ses Mahler. Il faut aimer. Le piano de Reimann est très sec et cassant. Toute fin de carrière pour elle. EMI 1987, 69'43''.
- La version Ludwig n'est pas fameuse. Levine est très fade, et elle, la voix, devenue alto, s'écroule un peu, en fin de carrière elle aussi. Il y a un soin incontestable, mais les intentions ne sont pas toujours bien suivies. 73'09'', en 1986. Elle allait pourtant encore chanter magnifiquement Fricka au Met !
- Mitsuko Shirai (mezzo), Hartmu Höll, en 1990. (78'04'', Capriccio)
- Nathalie Stutzmann (alto), Inger Södergren, en 2003 (76'11'', Calliope) - j'ai commenté cet enregistrement, je peux le reproduire ici au besoin
- Existe aussi Miriam Abramovitch (mezzo), avec George Barth. 1994, chez Music & Arts, 77'30''.
- Julianne Baird, Andrew Willis, 1997. Apparemment que la première moitié du cycle, chez Newport Classics.
- Bonilla (soprane) et Kotkowska chez les Conciertos Mexicanos (LP).
- Rosemarie Lang (mezzo), et Wolfram Rieger, en 1994 (73'51'').
- Lois Marshall (mezzo), avec Anton Kuerti, sur le vif en 1976 (71'57'', CBC Records, marché canadien)
- Inez Matthews (mezzo), L. Farr (Period, LP).
Autres voix
- Jochen Koswalski a seulement enregistré Die Schöne Müllerin (ratage monumental).
- Je me suis laissé dire que Bostridge avait élevé certaines pièces du cycle, mais je n'ai pas vérifié en écoutant le disque.
Autres ensembles
- accompagnement seul, sans voix. Karl Kammerlander chez Music Partner. Concept tout
à fait intéressant que d'être confronté à un Winterreise qu'on a intériorisé. Mais en fait, l'accompagnement est tout à fait scolaire et médiocre, puisqu'il s'agit d'un accompagnement pour chanteurs amateurs, vous savez, le disque vendu avec la partition ! Il existe pour voix haute ou voix basse, d'ailleurs !
Heureusement, je vous sauve, Demus l'a également fait.
- piano arrangé, sans voix. Démarche moins intéressante à mon sens. Les transcriptions de Liszt, d'intérêt très variable. Dieter Glave a aussi réalisé une transcription du cycle, jouée par Christiane Frucht chez Melisma.
- alto/piano, sans voix. Tabea Zimmermann / Hartmut Höll, chez Cap 10. C'est bien joli, mais perd beaucoup de sa force.
- trombone/piano, sans voix. Bertl Mütter, chez Austro Mechana. Je n'ose imaginer l'horreur, déjà que l'alto "passe" douteusement.
- version avec acteur. Thomas Witte chez 45°C, sur une musique de Michael Ströll.
- hammerklavier. Equiluz/Fussi, chez Christophorus. Werner et Ernst Gröschel, chez Audiophile Classics.
- guitare. Version Zithen/Sasaki, chez VMK (1991), et version Weir, chez Signum (1992).
- quatuor à cordes (transcription de Jens Josef). Elsner/Quat Henschel, chez CPO. Version très bien chantée, résultat surprenant mais séduisant. Je recommande chaudement. Il existe aussi une version Schreier / Quat Dresden.
- arrangement jazz par Poesis.
- ensemble instrumental. Hermann Prey, chez Kanazawa (chanté en japonais).
- ensemble contemporain (la célèbre transcription de Hans Zender). Une version Blochwitz/Zender, en tout point préférable à Pregardien/Cambreling. C'est inventif, mais les nombreux bruitages éparpillent l'attention. La vision de Blochwitz, nonobstant, est très intéressante. Il existe aussi une version Weir.
Durées insolites
Trois versions seulement durent plus de 80 minutes.
- Kurt Moll avec Cord Garben (Orfeo 1982) : 82'08.
- Jon Vickers avec Geoffrey Parsons (EMI 1973) : 82'10.
- Mais le pompon est détenu par Jon Vickers / Peter Schaaf, avec leur enregistrement VAI de 82'55.
Les Vickers ont un côté vraiment étrange, suffocant.
''Aucune version ne descend au-dessous de la barre des 60 minutes.
En revanche, deux versions se situent entre 60 et 61 minutes.''
- La plus courte de toutes, la version Wilson-Johnson, dure 60'18. Je me demande si c'est bien celle que j'ai entendue, parce qu'elle sentait un peu l'amateurisme et ne sonnait pas particulièrement rapide.
- Celle d'Oskar Czerwenka (Ronald Schneider au piano), parue chez Preiser, dure 60'19. C'est vraiment le temps laissé entre chaque morceau, ou au début et à la fin du disques qui pourrait vraiment départager ! Oskar Czerwenka fut un excellentissime Tommaso de Tiefland (Eugen D'Albert).
Style
- Façon baryton dramatique sur le retour par Nimsgern. J'adore totalement.
- Arrangement jazz par Poesis.
Parmi les insolites linguistiques.
- Wout Oosterkamp l'a a priori enregistré en allemand en 1996, mais à vérifier si ce n'est pas du néerlandais.
- Rien en français, contrairement à la Belle Meunière de Tino Rossi (introuvable, hélas). De toute façon, ça passe très mal. Le passage en français miévrifie tout, surtout si on tente les vers. Moi-même, pour mes loisirs, je m'amuse à faire des traductions chantables de lieder, mais c'est un exercice difficile. Le vers est à proscrire si on veut respecter le texte et sa prosodie.
- Håkan Hakegård, baryton lyrique qui a enregistré un très beau Schwanengesang en allemand, propose un Winterreise en suédois. (Il est le Papageno de la Flûte de Bergman, mais peut faire bien mieux, il l'a montré !). Thomas Schuback au piano, SR Records 1978, non reporté sur CD.
- Il existe des versions en anglais, chantée par le baryton Jeffrey Benton (Rona Lowe, piano). Enregistré en 1991 pour Symposium. Durée : 77'35''.
Une autre, avec Shura Gehrman (basse) et Nina Walker, date de 1973 et dure 69'39''.
- Boris Gmyria (baryton-basse) et Lev Ostrin l'ont enregistré en 1965, sur une durée de 69'29'', en russe. Attention, il s'agit de LPs Melodiya non reportés en CD.
Idem pour Sergei Shaposhnikov (baryton) et E. B. Lebedev en 1956 (62'17'', sur un label soviétique non reporté en CD), ou pour
Karlis Zarins (ténor) et son pianiste Villerusch, sur des LPs de Melodiya.
- Toujours chez les LPs de Melodiya (surprenant, d'ailleurs), Tiit Kuusik (baryton) et Valdur Roots l'ont chanté en estonien (1977, 64'43'').
- Marcus Fink (baryton-basse), l'a enregistré en slovène, avec Natasa Valant, pour Sazas, le label de la Radio Slovène.
- Toshiro Gorobe, ténor de son état, et Tomoko Okada, l'ont enregistré pour BMG en 1992, en japonais.
Hermann Prey a enregistré pour Kanazawa en 1997 (!) un live, avec un ensemble instrumental. Il semblerait que ce soit en japonais. De mieux en mieux, n'est-ce pas ?
Autres compositeurs
- Reiner Bredemeyer (1929-1995).
- version avec acteur. Thomas Witte chez 45°C, sur une musique de Michael Ströll.
- Un autre Voyage d'Hiver, de Valentin Silvestrov, mais pas sur Müller.
Mes favorites
- Goerne/Schneider, décembre 2001 (pas de disque, et la version avec Brendel n'est pas satisfaisante)
- Krause/Djupsjöbacka (version très complète, sur tous les plans, timbre, incarnation, atmosphère)
- DFD/Moore II (celui qui précède Demus, le Moore des années 60 ; à la fois la beauté et l'intelligence insurpassée)
- Allen/Vignoles (la classe...)
- Bostridge/Drake 2002 (tout l'inverse, l'engagement débraillé)
- DFD/Moore I (la chaleur, la plénitude mélancolique du timbre)
- Nimsgern (la bonne volonté évidente, malgré les difficultés...)
Pour les pianistes :
- Sviatoslav Richter (inégalé, tant de poésie - et d'aisance, bien sûr - dans un piano ; avec Schreier)
- Eric Schneider (pour la musicalité extrême, l'évidence ; pas de disque)
- Naum Grubert (version Holl II, désormais disponible chez Brilliant ; grande musicalité, et pertinence des choix)
- Julius Drake (pour la capacité à créer des atmosphères inédites ; DVD avec Bostridge, le jeu est à l'époque encore un rien sec)
- Charles Spencer (avec Quasthoff, un peu de sècheresse, mais de bonnes idées)
- Irwin Gage
Il y a des tas d'autres excellentes versions ; je me suis limité à celles auxquelles je suis particulièrement attaché.
David - bagnard
Écrit par DavidLeMarrec , dans Disques et représentations, Découverte du lied, Discographies
Extaordinaire ! Merci, merci, merci :-) !!!
J'ai adoré Hermann Prey en 1997 et en Japonais (!) et la version avec guitare : c'est un instrument que je déteste, et rien que d'essayer d'imaginer ce que peut donner le Winterreise dans ce cas me fait froid dans le dos...
Je suis un peu tentée par la version avec quatuor à cordes, et existe-t-il une version où il n'y aurait que les instruments et pas le chanteur ? (Désolée de vous poser cette question, comme si votre synthèse était "insuffisante", ne croyez surtout pas ça :-)).
Que pensez-vous de la version de Kurt Moll (c'est une basse profooonde qui me fait vraiment frrrrémir) ?
Et également, comment trouvez-vous Thomas Quasthoff dans cette oeuvre, et en général ?
(Pour votre radio, c'est encore un peu difficile parce que mon PC qui est sur le net n'a pas de haut-parleur, il me faut un casque, mais ça va venir !)
En tout cas, vraiment bravo pour ces "interprétations insolites" !
S comme soufflée.