Carnets sur sol

samedi 8 avril 2006

Découvrir Pierre Boulez

Le compositeur. Choix de pièces pour approcher l'oeuvre.


A la question que faut-il entendre de Boulez pour commencer dans de bonnes conditions, voici ma réponse :

  • Les orchestrations de Notations (très chatoyantes) ou Pli selon pli.


Pièces à déconseiller :

  • les petits effectifs. Sonates et Cie. Le talent de Boulez réside pour large par dans ses talents d'orchestrateur, de coloriste. Notations, au piano, est difficilement écoutable. Je ne mets pas Dialogue de l'ombre double dans cette catégorie, c'est une réussite, mais pas une priorité pour commencer, peut-être : un peu ascétique (la clarinette et son double, seuls).
  • le Marteau sans Maître. C'est très expérimental, encore très vert. L'orchestration est un peu maladroite.





Manière de détailler les recommandations:

  • Pli selon pli propose le repère de la voix, du poème de Mallarmé, le plus bel orchestre de Boulez, dans une interprétation éclatante. Les phrases sont brèves, ce qui permet de goûter ce qui vient d'être "dit". Il y a donc un peu de Schubert chez Boulez - je suis sûr que ça lui fera plaisir.
  • Les Notations sont intéressantes en tant qu'exercice d'orchestration pur. Une grande leçon, même si le contenu musical n'est pas aussi excitant qu'ailleurs. A chacun de voir s'il est plutôt sensible à la voix, aux couleurs ou que sais-je.
  • Rituel a l'avantage d'être très nettement pulsé, avec une phrase de hautbois qui sert initialement de repère. C'est peut-être la pièce au langage le plus aisément accessible.
  • Dialogue de l'ombre double n'a qu'une (double) clarinette pour effectif, mais c'est un entrelac permanent, un jeu ininterrompu, ma foi tout à fait digeste. Sur la durée, cela peut lasser certaines personnes.
  • Domaines présence une clarinette soliste qui fait réagir successivement quatre groupes instrumentaux originaux. Du coup, on a vraiment un schéma possible à suivre, et une lisibilité accrue de l'oeuvre. L'oeuvre est très belle et elle a été publiée dans la collection Musique d'abord chez Harmonia Mundi, disponible à tout petit prix, y compris dans certains supermarchés.
  • Le Soleil des eaux n'est pas mal, dans les pièces vocales, mais mieux vaut commencer par Pli selon pli, plus complet, plus abouti.


Les autres pièces me semblent moins urgentes ou moins accessibles.


Avec cette liste succinctement commentée, à chacun de choisir selon ses critères prioritaires.

7 roulades

Bladsurb — 9 avril 2006

Ma relation avec "Pli Selon Pli" est particulière ; ayant décidé de m'intéresser à la musique contemporaine après le double choc du "Sacre du Printemps" de Stravinsky et de la 5 de Chostakovitch, j'ai pioché dans la médiathèque les disques et les livres disponibles sur le sujet. Pas un ouvrage, pas un dossier, qui ne cite "Pli Selon Pli" comme étant un chef-d'oeuvre ! Du coup, première écoute, et incompréhension totale, langage hors de portée. Je pioche ailleurs, Lévinas, Bério, Stockhausen, puis revient à "Pli Selon Pli" : toujours rien, aucun plaisir, aucune émotion. Il a fallu presque deux ans je crois, reprenant ce disque tous les 6 mois, pour que soudain, il s'ouvre, mais alors totalement, comme effectivement un chef d'oeuvre, et d'une évidence rare, au point que c'est mon incompéhension préalable qui me semblait du coup incompréhensible.
Mon intérêt très limité pour les voix explique partiellement ces difficultés, mais la pièce elle-même est je pense d'un langage si particulier qu'il restera inintelligible pour beaucoup de mélomanes pas assez habitués à la musique contemporaine ; et je ne suis pas sur qu'il puisse fournir une "porte d'entrée" efficace dans l'univers boulezien.
Pour les autres ouvrages, je mettrais effectivement en avant "Rituel", "Domaine de l'ombre double" et les "Notations" ("Domaines" me plait moins que le "Dialogue" ...), et ajouterai peut-être "Dérives 1 et 2"...

DavidLeMarrec — 9 avril 2006

Bonjour Bladsurb !

Merci du passage par ici. :-)

Ce parcours est effectivement le mien pour la musique contemporaine : une confrontation acharnée, jusqu'à l'accoutumance et l'entrée dans les oeuvres. Ce qui m'a peut-être le plus aidé sont les pièces ludiques, qui m'ont mis à l'esprit que les langages contemporains étaient souvent joueurs avec leur passé, avec les conventions. Qu'elles existaient, mais qu'elles étaient malicieusement niées.

Mais je viens de plus loin encore : au départ, je trouvais Dvořak à la limite de l'atonalisme et Verdi d'une complexité harmonique incroyable...

Je pensais Dérives un peu touffu pour une première approche.

Sinon, pour Pli selon pli, la présence de la voix ne me semble pas gênante, tant il se passe de choses à l'orchestre. Ok, pour moi la présence d'un texte, fût-il désarticulé, est un plus, mais pour qui n'aime pas la voix, ce n'est pas non plus envahissant. Le Soleil des eaux serait plus problématique dans cette perspective.
Ce qui est assez irremplaçable, dans Pli selon pli, c'est la splendeur de l'orchestration, et ces silences qui permettent de goûter ce qui a été dit. Ces courtes séquences permettent à mon sens une entrée plus aisée. C'est assez caractéristique de Boulez, mais prend toute sa force ici.
Mais effectivement, c'est peut-être plus difficile, dans l'absolu, que Rituel et les oeuvres avec clarinette soliste. De toute façon, une discographie de Boulez s'adresse, a priori, aux gens qui ont déjà fait une petite entrée dans le monde du contemporain. Sinon, ce serait abrupt, surtout pour un Puccini-addict potentiel. :-) Ce serait une idée, d'ailleurs, une liste d'oeuvres accessibles à proposer.

kfigaro — 10 avril 2006

Tout à fait d'accord avec ton jugement sur "Dialogue de l'ombre double" (un peu "ascétique" comme tu dis), et je pense comme toi et Bladsurb que "Rituel" reste l'oeuvre la plus accessible et la plus chatoyante de son répertoire ("Dérive 1" aussi), c'est d'ailleurs par celle là que j'ai commencé... ;)

Pour "Pli selon pli", tout à été déjà dit, l'oeuvre reste très très complexe mais l'orchestration et la beauté de la voix font passer la "pilule", reste que la compréhension de Webern (du moins le peu que j'ai réussi à comprendre, car lui aussi est complexe), celle de Stravinski (plus facile à appréhender, pour moi en tout cas) et celle de Messiaen (idem) sont essentielles pour comprendre un peu mieux Boulez...

A +

kfigaro — 10 avril 2006

ah, j'ajouterai aussi "Sur Incises" - pièce très chatoyante également et "Messagesquisse" - oeuvre très courte et assez accessible à mon avis...

DavidLeMarrec — 10 avril 2006

Avis partagé !

La secte boulézienne est en marche.

Philippe[s] — 10 avril 2006

Moi je suis rentré tout de suite dans "Pli selon Pli" (entendu en concert dirigé par Boulez lui-même, il faut dire)
Pour commencer, je pense peut-être à "Cummings ist der Dichter"

DavidLeMarrec — 10 avril 2006

En concert, c'est sûr, ça a une tout autre légitimité !

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