Wagner avant Wagner 1/2 - Die Feen
[Lien sur la série 'lesfeesdewagner'.]
Mise à jour du 5 avril 2009 : du nouveau sur les Fées.
Die Hochzeit ("Les Noces"), partition inachevée, n'est pas disponible, même en partition, et jamais jouée.
Rienzi, qui précède le Hollandais, est mieux connu que les deux premiers opus dramatiques achevés de Wagner, négligés et pourtant très-dignes d'intérêt.
Aujourd'hui, Die Feen ("Les Fées").
Pour commencer
L'ouverture est très belle, avec un final qui n'est pas la finesse même (imitation de Mendelssohn ou Weber), mais le tout est terriblement efficace.
Pour vous donner une idée, ça ressemble à du Weber sans les mélodies weberiennes, avec déjà certains récits assez arides (qui annoncent le type d'écriture de Gurnemanz...) - mais ponctués plutôt à la manière de Weber ou même Rossini. Car Wagner, jusqu'à Tannhäuser, est largement influencé par la manière italienne.
La musique
Influencé, certes, mais que de beautés dans cette partition ! La ballade de Gernot fait penser au roi de Thulé version Schubert avec son rythme pesant et balancé, merveilleusement orchestrée. Ca a vraiment un charme fou.
Et puis là on a droit à des ensembles, et les ensembles écrits par Wagner sont à mon sens les plus beaux de l'histoire de l'opéra.
Quant aux récitatifs accompagnés, ils sont remarquables ; franchement, je vendrais volontiers Euryanthe (et bien sûr Tannhäuser) pour les Fées !
Le tout se déroule avec une grande fluidité (voire un grand élan, chez Sawallisch), sans faiblesses notables. Enthousiasmant, vraiment.
Le livret
Bilingue allemand-espagnol : http://www.geocities.com/ubeda2004/hadas/hadas.htm .
L'histoire est certes mâtinée de stéréotypes médiévaux : la biche, l'interdiction du nom, la fée qui disparaît après la trangression, etc. On trouve cependant une annonce des enfants à naître d'Hofmannsthal. Et puis l'épisode comique des fausses prophéties est assez sympathique, surtout que musicalement et vocalement, c'est fort intéressant.
On a l'impression agréable qu'à l'époque Wagner se prenait moins au sérieux. Ou peut-être n'avait-il pas encore les moyens de le faire transparaître dans sa musique.
Les versions
- Downes (1976), avec Della Jones
- Sawallisch (1983)
- G.Ötvös (1999), avec l'orchestre de Cagliari
Je ne connais que Sawallisch, mais c'est de loin la version la plus appétissante : Studer, J.Anderson, J.Alexander, Rootering, Moll et la radio bavaroise, en prise de son Orfeo !!
Je pense que l'oeuvre pourrait être moyenne (contrairement à Thora) mal interprétée. Mais avec la tension et la conviction de Sawallisch et de son équipe, c'est vraiment passionnant !
Rootering tout particulièrement m'a donné l'envie d'entendre son Winterreise (quelqu'un connaît ?), quel poids il donne au mot ! Dans ce rôle barytonnant, il est splendide, une toute grand incarnation.
John Alexander est un ténor weberien sublime, Studer en 83, je vous en laisse imaginer la chatoyance et l'éclat, et même June Anderson, que je ne supporte pas d'habitude, est engagée, prononce attentivement son texte, et a la voix plus rayonnante que de coutume.
Quand je pense que certains ont x versions de Tannhäuser, opéra d'une inspiration limitée (troll inside), et qu'ils dédaignent les Fées.
Evidemment, ça ne vaut pas Thora - à part le Hollandais, qui peut rivaliser avec Thora ?
David - infâmeprosélyte
Écrit par DavidLeMarrec , dans Oeuvres, Opéra romantique allemand, L'horrible Richard Wagner
Bon, et bien ça a l'air appétissant comme introduction à Wagner. Je vais essayer de mettre la main sur l'une de ces trois versions lors de ma prochaine tournée des médiathèques (ma vie de cadre raisonnablement dynamique et modérément pressé devrait me le permettre).